Microbe 63

Le 63ème numéro du Microbe est à l’impression.

Au sommaire :
Collages de Cathy Garcia
N
icolas Brulebois
J
ean-Marc Couvé
A
nna de Sandre
É
ric Dejaeger
P
atrick Frégonara
A
ntoine Geniaut
I
sabelle Jarlin
R
oger Lahu
P
ierre Mainguet
C
armelo Marchetta
M
urièle Modély
Jany Pineau
T
hierry Roquet
S
alvatore Sanfilippo
G
uillaume Siaudeau
M
arlene Tissot

Les abonnés le recevront début janvier. Les abonnés « + » recevront également EASY WRITER, mi(ni)crobe 27 signé Roger Lahu. Les autres ne recevront rien. Pour tous renseignements, contactez Eric Dejaeger

Nouveaux Délits n° 38

NOUVEAUX DELITS
Revue de poésie vive et dérivés

Et cetera desunt.

Jusqu’à quand nous laisserons-nous imposer nos pensées, nos mouvements, nos goûts, nos façons d’être, d’aimer, de travailler, de vivre, nos rythmes, nos rêves ? Jusqu’à quand accepterons- nous l’inacceptable ? Face au rouleau compresseur, s’agirait-il de savoir si on va courir de plus en plus vite – et tant pis pour ceux qui tombent, ceux innombrables qui sont déjà tombés – ou si nous allons tenter un saut de côté ? Le problème c’est qu’il n’y a pas un seul rouleau compresseur, unilatéral, et peut-être évitable, mais des multitudes de rouleaux compresseurs qui partent dans tous les sens ! Alors ?

Il ne s’agit plus là de politique mais de prédation. Prédation d’humains envers d’autres humains. Prédation ou plutôt parasitisme. Le prédateur met à mort sa proie pour s’en nourrir et en nourrir sa progéniture, le parasite s’en nourrit, le pompe, le suce, l’épuise, la mort ne vient que plus tard, de façon non directe, et il est souvent difficile de déceler la vraie cause. Les véritables causes de la guerre, de la misère, de la violence, de la malnutrition, des maladies, de la folie, du fanatisme, et de la longue et atroce liste des etc. Et cetera desunt, qui signifie « et les autres choses manquent ». Oui, les autres choses manquent, comme la paix, le respect, la dignité, la clairvoyance, l’échange, le partage – ailleurs que sur ces réseaux dits « sociaux » -, la sororité et la fraternité, l’empathie pour toute forme de vie… Bref, tout ce qui donne SENS à l’existence.

Alors nous voilà en 2011, à la saison des vœux… Que dire ? Que cette nouvelle année ne soit pas pire encore que celle qui vient de s’achever.
Santé, liberté, dignité, joie et création pour toutes et tous et purgeons nos têtes et nos cœurs plutôt dix fois qu’une !

Cathy Garcia […]

David FOENKINOS

J’attrape mon cœur

C’était peu après les attentats du 11 septembre. Et c’était surtout après une nuit bien alcoolisée. Ou peut-être que c’était le contraire. Je ne suis pas bon en chronologie des événements. À part pour déshabiller une fille. Ça, je sais qu’il faut toujours commencer par le bas. C’était d’ailleurs sûrement ce qui s’est passé la veille, puisque je me réveille près d’une fille. Une fille aux seins littéraires. Enfin, quand je dis seins littéraires, je pense best-seller. Une fille aux seins Marc Lévy si vous préférez. Je n’ai plus la moindre idée de qui elle est. Faut dire aussi que je ne suis même pas foutu de me souvenir dans quelle ville je suis. Elles se ressemblent toutes, avec leur Zara et leur Mac-Do. C’est bien simple : plus je voyage, plus j’ai l’impression d’être chez moi. Même si chez moi, c’est aussi vague que le temps où je n’avais pas de succès. Je suis une putain de star, je me dis parfois, tout en sachant que rien ne changera à rien, que la vie c’est juste une course pour monter tout en haut des tours jumelles de New York.
« Je m’appelle Lola, a dit la fille.
– Et tu n’étais pas avec une copine hier soir ?
– Si, ma sœur jumelle.
– Ah les jumelles encore.
– Mais elle a du partir. Elle avait cours.
– Ah bon. Mais vous avez quel âge ?
– Heu… 16 ans.
– 16 ans ?
– Oui, enfin dans six mois.
– Quoi ? Mais tu es beaucoup trop vieille pour moi !
– Mais… mais non…
– Et puis tu n’as pas assez d’expérience.
– Pas du tout. J’ai déjà vécu trois ans avec Gabriel Matzneff.
– Ah tu vois ! L’amour dure trois ans ! Ça ne m’intéresse plus de savoir la fin avant le début. Et puis le matin, rien n’est pareil. Je ne suis pas drôle. J’ai l’impression de vivre à Bagdad ».
C’est une phrase que je sors souvent. C’est fou le nombre de fois où j’ai répété les mêmes choses aux mêmes filles dans les mêmes endroits où j’étais habillé pareil, avec ma carte qui a toujours la même couleur : bleue. Et toujours, cette phrase attendrit les filles. C’est le mot Bagdad. Elles aiment ça. Les plus jeunes pensent que c’est un truc sexuel, que je vais leur bagdader le cul, ou quelque chose comme ça. Alors celle-là, la Marc Lévy poitrinaire, elle s’est approchée de moi, comme si elle n’avait pas compris que la veille au soir, c’était juste un autre siècle. Je l’ai repoussée avec mes doigts de pied.
« Mais…
– Il n’y a  pas de mais. Tu t’en vas.
– …
– Laisse-moi ta culotte, et file ! »
La fille est partie. Je me suis levé : c’était la conquête d’une nouvelle journée, qui serait la conquête d’une nouvelle soirée. Ma vie était celle d’un égoïste romantique, d’un homme sans qualités, d’un Ulysse à la recherche du temps perdu, d’un voyage au bout de la nuit, tous les mots et tous les chefs d’œuvres me tombaient sur la tête, comme les pluies lentes d’automne. Je voulais pleurer en imaginant ce bonheur que je trouverais un jour dans des prairies aux pétales multicolores. Mais cela faisait si longtemps que je n’avais pas pleuré. À part peut-être devant le visage de Nathalie Portman dans le dernier film de Wes Anderson. Ou alors c’était peut-être à cause des valises Vuitton ? Je n’ai plus de larmes en moi : je bois trop pour cela. C’était le matin, l’heure d’appeler le room service. Le soir, j’appelle des putes, et le matin je mange des pâtes. Ah, ah ! Et je rêvais surtout de ne plus être moi. De m’oublier, et de disparaître comme l’avait fait Salinger. Si un jour je voulais attraper un cœur, ce serait le mien.

Inédit paru dans le n° 57  de Traversées

Josiane Bonini

HYMNE AU CHOCOLAT!

Chocolat, douceur qui se délite et délecte
Le connaisseur, amateur d’onctuosité sélecte!
Volupté, ascension céleste , envol vers l’Everest!

Un simple carré, glissé dans un écrin buccal
Exhale ses richesses, saveurs venues d’ ailleurs,
Enveloppe de tiédeur, les papilles du bonheur!

Parfumé aux oranges confites, aux noisettes ou raisins secs,
Il fond…capitonne le palais de fins extraits
Et, lentement , telle langue de glacier, s’évade…

Charme immuable de cette pâte ineffable
Qui ragaillardit tant le corps que l’ esprit
Au pire des insomnies ou des longs jours de pluie!

Extrait de Lézards…Lézardes