Barbara AUZOU, LA RECONCILIATION, Préface de Xavier Bordes, L’Harmattan, 2022.

                                                                                                 Une chronique de  Jeanne CHAMPEL GRENIER

Barbara AUZOU, LA RECONCILIATION, Préface de Xavier Bordes, L’Harmattan, 2022.


L’un des sujets de ce recueil est la création artistique et poétique comparées.

 «La vague» de Camille Claudel s’accompagne ici des mots de Barbara Auzou qui a su se situer dans le contexte: l’exaltation amoureuse suscitée par Rodin, et la passion de créer qui emporte tous les sens. Quelle gageure pour des femmes! Vouloir prouver que la passion créative originale, la plus personnelle, intime, exigeante, n’a pas de sexe!

Barbara Auzou, comme toutes les femmes poètes dignes de ce nom, n’a pas peur de démonter les barrières sexistes. Ainsi firent Christine de Pisan, Louise Labé, Marceline Desbordes Valmore, Anna de Noailles, Colette, Marguerite Yourcenar, André Chédid et tant d’autres non des moindres…sans compter les femmes sculpteurs comme Niki de Saint Phalle…

Il suffisait d’

«Avoir la douleur et la joie/ Pourvu que le cœur soit profond/ Comme un arbre où les ailes font/Trembler le feuillage qui choit..»

Que le cœur donne sa sève/Que l’âme chante et se lève/Comme une vague dans le vent…( «L’ardeur» Anna de Noailles)

 Barbara AUZOU a compris en admirant l’oeuvre passionnée de Camille CLAUDEL qu’il fallait une force créative hors du commun alimentée par un feu intérieur capable de jaillir tel un volcan dans l’océan. L’écriture devient alors un défi puisqu’elle vous porte tout entier, contre vents et marées, avec la force d’une mer démontée, au plus haut des rêves, essayer d’atteindre la lune, avant de retomber dans l’attente de la prochaine pulsion irrépressible. Les textes de Barbara sont autant d’accompagnements du geste créatif de Camille, au point d’épouser de façon originale, non descriptive, ce mouvement de vague déferlante:

«qui crée cette déchirure sincère…
pour ouvrir un remous en bord de ciel/ une rafale de fenêtres dans le corps
tout en découvrant dans cet instant de création

qu’il y a:

des tendresses comme des paupières/ et de l’or dans la voix de la vague

sans oublier l’humilité du poète et du sculpteur qui se satisfont du partage car:

tout se consume dans des rêves d’oiseaux
mais ce qui importe, c’est:
dériver avec toi à fleur de ciel et à fleur d’orage»

 Ce recueil RECONCILIATION se révèle une partition musicale d’accompagnement, une présence éclairée par tous les sens du poète, une parole forte et claire, qui sous-tend l’oeuvre de Camille Claudel, sans attenter à l’image inaltérable de Rodin mais qui, par la force et la passion qui s’en dégagent, l’inclut au contraire. C’est cet instant de communion créative que Barbara Auzou convoque de sa plume attentive:

«L’oeuvre du temps…oui mais laquelle si ce n’est l’instant blanc de ton âme comme une aile sur mes eaux

Un recueil à lire et relire afin de retrouver l’esprit passionnément créatif tant de Camille Claudel que de Barbara Auzou puisque, nous dit-elle:

«Je reviens à chaque instant vers une porteuse d’eau aux épaules de simplicité et de ciel….
parce qu’elle a des doigts de violon à creuser des fontaines dans la pierre et ce qui veut dans ma voix..

                                                                                                          © Jeanne CHAMPEL GRENIER

Santiago Montobbio, De Infinito Amor vol.II, Editions Los Libros de la Frontera, 2021, 23€

Une chronique de Jean-Luc Breton

Santiago Montobbio, De Infinito Amor vol.II, Editions Los Libros de la Frontera, 2021, 23€


Le dernier recueil de poèmes de Santiago Montobbio, « De infinito amor » correspondait aux premiers mois (mars et avril 2020) de confinement en Espagne. Le deuxième volume, publié fin décembre 2021, couvre les mois de mai à juillet, jusqu’à ce que le poète ait la possibilité de quitter Barcelone, où il vit et était confiné, pour se rendre au bord de la mer. 

La césure entre les deux volumes se comprend parfaitement à la lecture. Les multiples notations du quotidien, qui avaient occupé beaucoup d’espace et de conscience au début du confinement, s’atténuent ici jusqu’à parfois disparaître. Le bruit du jeu des enfants de l’appartement du dessus, qui rythmait le premier volume, n’est plus mentionné, la consommation de café n’a plus besoin d’être évoquée et les orchidées en pot meurent très vite au début du second recueil. A l’inverse, ce qui augmente et occupe une grande partie de l’espace du livre, pour le plus grand plaisir du lecteur, ce sont les notes de lecture de Santiago Montobbio, déjà nombreuses dans le premier tome, qui ouvrent une série de fenêtres sur l’ailleurs et jalonnent un grand nombre de pistes pour comprendre et approfondir la pensée et les sentiments d’un poète érudit et d’un honnête homme du début du vingt-et-unième siècle. On a l’impression de parcourir les rayons d’une bibliothèque personnelle, ce qu’on adore faire chez ses amis, parce que cela nous révèle tant sur eux et sur nos points et amours communs. 

En matière de bibliothèque personnelle, celle de Santiago Montobbio est impressionnante et ses désirs de lecture pendant ce printemps de claustration, puisque le poète en a le temps et les ressources, sont un vrai voyage. Il s’agit parfois d’un butinage littéraire, mais les visites peuvent être parfois très approfondies : poètes espagnols ou hispano-américains, bien sûr, mais aussi prosateurs du 19ème et du 20ème siècles, poètes portugais ou italiens, français ou catalans, en traduction ou, le plus souvent, en langue originale. 

Evidemment, il y a pour le lecteur le plaisir de la reconnaissance, mais il y a aussi de nombreuses découvertes, qui toutes aident à mieux comprendre ce que ce sont la lecture et l’écriture pour un grand lecteur et poète d’aujourd’hui. Souvent, Santiago Montobbio suit le fil depuis l’achat du livre, ses lectures passées, l’endroit même où il va le chercher dans son appartement, la lecture au hasard d’une préface, d’un poème, d’une table des matières, puis la plongée nouvelle dans un univers qui peut, pendant deux jours ou pendant toute la vie, illuminer nos heures et les rendre plus intenses, puisque, comme nous le disait Montobbio dans le premier volume, ce qui compte, c’est « ce qui se passe à l’intérieur, qui est là où, en vérité, tout se passe ». 

Prenons un exemple. Lors d’une lecture d’Azorín sur « Don Quichotte », se pose la question de quelle auberge de campagne est celle où s’arrête plusieurs fois le chevalier à la Triste Figure. Plusieurs particuliers revendiquent que leur maison est la seule et unique auberge de Puerto Lápice, impliquant par cela que Cervantés l’a vue et choisie, ce dont, évidemment, on n’a aucune preuve. La recherche de la vraie auberge de Puerto Lápice devient le sujet d’une enquête vaine, qui fait oublier que la seule authentique auberge de Puerto Lápice est celle que la fiction fait exister. Santiago Montobbio conclut par ces mots : « elle existe à l’intérieur de nous et nous accompagne. Borges dit dans une belle formulation qu’il croit plus en son existence que dans celle de bien des personnes réelles. Je crois qu’il en est ainsi. » L’invocation de Borges n’est évidemment pas fortuite : il y a une réalité dans la littérature qui la rend plus réelle que la vie elle-même, et c’est de ce paradoxe que naissent sa beauté et sa nécessité. Et c’est aussi en cela que la littérature est affaire de liberté : chaque lecteur invente sa propre auberge de Puerto Lápice, et chacune est évidemment la vraie. 

Santiago Montobbio écrit aussi « Il vaut mieux ne pas expliquer, ne pas déchirer le voile de mystère du mot ». Lire, c’est donc accepter d’entrer chez quelqu’un, de regarder son intimité, mais sans avoir le droit de fouiller dans les tiroirs et d’ouvrir les enveloppes. Jeune poète, Montobbio disait déjà « Il faut être / complètement idiot pour penser / qu’on étudie – ou encore plus grave qu’on enseigne – la littérature ». On pourrait penser qu’on se trouve ici face à une contradiction : le poète tient, comme il l’écrit, un « grand journal intime » de ses lectures mais proscrit le commentaire des livres. Et la force du présent volume est tout entière dans le fait qu’il n’y a nullement contradiction : Santiago Montobbio parvient avec un art impressionnant à ne pas commenter, dans le sens scolaire du terme, les auteurs dont il parle, mais à évoquer à leur propos comment lui, Santiago Montobbio, poète barcelonais confiné à telle date de l’année 2020, reçoit les images et les propos d’écrivains d’autres siècles ou d’autres cultures et quel écho ils trouvent dans sa conscience. Il emploie à l’égard de ces messages le terme de « lettres », dans le sens où la littérature, les lettres, sont bien des courriers adressés par un auteur à des lecteurs, inconnus de lui certes, mais qui les recevront à travers le temps et l’espace. 

Le prix à payer pour une telle démonstration de confiance et d’amour est d’une certaine manière l’évaporation de la poésie. L’immense majorité des textes ici réunis sont en prose. C’est peut-être que, dans une période aussi hors du temps et de la vie qu’un confinement, témoigner de la persistance du signe littéraire est plus important que rajouter des signes aux signes et des images à des images. Un aphorisme de Joseph Joubert, que Santiago Montobbio cite dans un poème, éclaire d’ailleurs bien ce cheminement : « Vous allez à la vérité par la poésie, et j’arrive à la poésie par la vérité ». 

© Jean-Luc Breton

François Folscheid, Gravir le silence, Avec cinq illustrations de Thibauld Mazire, peintures sur laque, détails, Éditions L’Atelier Du Grand Tétras, 88 pages,  novembre 2021, ISBN: 978-2-37531-079-3, 14€

Une chronique de Lieven Callant

François Folscheid, Gravir le silence, Avec cinq illustrations de Thibauld Mazire, peintures sur laque, détails, Éditions L’Atelier Du Grand Tétras, 88 pages,  novembre 2021, ISBN: 978-2-37531-079-3, 14€


Sur la couverture, des taches sombres comme absorbées par le papier suggèrent une montagne, son versant baigné dans le ciel. La prose de François Folscheid nous parle depuis cet endroit du langage où les frontières arbitraires entre les différentes formes artistiques sont floues et poreuses. Ce recueil de 88 pages comporte quatre parties, quatre étapes, cycles de vies. Chacune est accompagnée d’une peinture ou d’un détail peint par Thibauld Mazire.

Dans la première partie, « Lunes d’avant« , l’auteur interpelle le lecteur par un « nous » rassembleur. Jadis, le poète faisait partie d’une communauté d’êtres vivants semblables à lui, prêts à partager les mêmes révoltes, les mêmes espoirs. L’illustration de Thibauld Mazire nous invite à voir comme un arc de lumière unissant les deux parties noires d’un chemin imaginaire. Une lumière naît de ces deux questionnements portés par le poète et le peintre.

« Le temps infiniment lent bleuissait le suspens qui immobilisait notre barque d’errance. »

« Nous tenions dans nos mains la fleur de révolte, pâle muguet brandi à la face du réel. »

Dans la deuxième partie, « Glaise » , le poète s’attèle à retracer le lien, «  l’alphabet translucide qui relie le poète au cri de l’origine. » Le poète comme le potier, a à pétrir le matériau du poème: le langage pour y découvrir ou plus exactement faire naître sa propre expression poétique. Le geste poétique est avant tout un acte créateur, un acte de vie qui implique un travail en profondeur.

« Fouiller le ventre de la terre pour remonter jusqu’à la source invisible d’ici-bas. Remonter jusqu’au grain, jusqu’au noyau- jusqu’à l’éclair caché dans la matière ».

« Une force lente irradie » {…}« Me voici entre terre et feu, tenant dans mes mains grésées la flamme apaisée du désir. »

Ce deuxième cycle se conclut  par une peinture où les deux parties d’un même continent de couleurs sombres, de roches froides et de laves en fusion sont creusés par un entonnoir de lumière, un puits de pluies diluviennes. 

Dans « Creusement » il est aussi question de déception, de découragement: étapes inévitables de toute quête artistique qui envisage de s’inscrire et de donner un sens à la vie .

« Ce chemin de pluie si dense, si profond: on y plonge d’enfance lointaine, y résonne de bois clair et l’odeur de l’herbe nous emporte. »

« On avance alors à tâtons, à contre-image sur le nerf des syntaxes et l’épine de l’abstraction. {….} entre le silence et le cri. »

Le poète ne s’éloigne jamais de l’idée qu’il faut chercher la juste mesure, l’expression la plus pure. 

« Être aussi nu que le blanc, respirer aussi grand que le bleu et mourrir aussi dense que le noir, pour porter loin au-dedans le rebond de lumière.

La démarche poétique de François Folschield s’apparente à celle d’un peintre, d’un artiste et pas seulement d’un manipulateur de mots, de sons, de vers. Il ne fait pas que « creuser le poème« .

« La voie est étroite entre les battements du coeur et le glissement du temps.

« Advenir » Au bout du tunnel, au bout des épreuves, quand advient le poème, voilà ce qu’explore cette dernière partie du recueil. Aucune réponse toute faite ne nous attend et ce que nous atteignons, nous appartient de manière temporaire. Cela advient et c’est à cet instant qu’il faut choisir de contempler en silence le chemin parcouru. Toute recherche artistique, poétique ou personnelle exige de nous de nous hisser au-delà des mots, des signes, du langage.  

« Toujours nous reviendrons au cercle, car il est dit que mesure du temps appelle le temps, que le coeur tourne sur sur ses aiguilles pour chercher son axe – parce que tout est contenu dans la lentille d’eau du regard: le toi et le moi, l’avant et l’après, l’amour et son retrait. » 

Pour « Gravir le silence », on devine qu’il faut toute une vie marquée par l’espoir, la révolte, la défaite, la perte de sens, le doute. Les forces s’alternent en intensités. La démarche du poète est celle d’un être profondément humain, qui certes hésite, se renie, se perd, se retrouve et découvre les liens parfois féroces qui le rattache à la vie, à la mort.

Le lecteur s’aperçoit qu’il existe tout au long du recueil, sous-jacente et omniprésente une force qui s’apparente en bien des points à celle qui régit la survenue de l’aube. Une force de vie et de mort, invisible, à l’instar de celles qui sous-tendent les irruptions volcaniques.

Dans la dernière illustration, l’aurore explose de lumière . Le soleil surgit des profondeurs d’une terre, du fond de l’espace, au bout de chacune de nos tentatives.. L’éternité est à refaire chaque jour.

©Lieven Callant

Éric SAUTOU, Aux Aresquiers, Editions Unes, 2022, 48 pages, 15€

Une note de lecture de Marc Wetzel


Éric SAUTOU, Aux Aresquiers, Editions Unes, 2022, 48 pages, 15€


« les oiseaux

des grandes profondeurs

sont eux aussi une forme

de la réalité  » (XIV)

 Éric Sautou (né à Montpellier en 1962) a ouvert avec Une infinie précaution (Flammarion, 2016) un cycle du deuil autour de la figure de la mère, qui rassemble À son défunt, Les Jours viendront (Faï fioc, 2017 et 2019), La Véranda (Unes, 2018), Beaupré* (Flammarion, 2021). Cette série vient se clore ici :

« c’est vrai tu as raison

comme tout s’est défait depuis il ne faudrait pas

en écrire

beaucoup plus tu as raison » (IX)

  Ce n’est plus ici un livre de déploration : l’auteur n’imagine plus de faits et gestes posthumes de ses morts; on cesse de leur construire une après-vie humaine de fantaisie. Ceux dont on porte le deuil ne sont plus pouvant faire ceci, se tenir là, préciser telle ou telle chose. La vie a cessé en eux son inertie imaginaire. On a désormais froissé leur état de fantôme, chiffonné leurs complaisants draps de spectre, et notre surplus rêvé de leur existence finit à la corbeille. Ils ne font plus semblant, en nous, de faire, ni même de subir, quelque chose. Ils n’ont plus besoin de vivre – même irréellement – pour être. Ils sont, point final.  Mais que sont-ils, noyés dans le temps ?

« notre père notre mère notre enfant

il pleut il manque de tout  – ça ne lui fait plus rien

choses passées défaites

et le vent sur la mer est la divine chose » (XXIII)

 Ils ne sont plus, même inhumés, surtout inhumés, quelque chose de terrestre. Ils sont d’un élément fluide (air ou eau). Ils ne se pèsent plus, ou différemment en tout cas : l’ancienne pesanteur ne les régit plus. Et c’est pourquoi l’apesanteur de la présence écrite les y rejoint, faite de cette même fluidité, qui sait (en poisson) s’appuyer sur la seule consistance des courants, ou (en oiseau) fermement planer sur une substance impalpable. Comme eux, un écrit ne se pèse rien. Comme dit extraordinairement l’auteur, « je ne suis pas là non plus, c’est vrai/alors je peux l’écrire » (II).

« toujours

cette chose d’écrire me prend

la pièce est vide où j’écris

poésie

est chose de l’air je suis chose de l’air

dans la pièce

vide où j’écris » (XII)

 Mais alors, dans le monde fluide d’écrire (« je descends au bord de l’eau d’écrire« , dit la strophe XXXII), il faut accepter d’être arrivé dans « les jours où vivre n’est plus rien » (XXVIII). Le répertoire vrai d’existence qui subsiste n’est plus vivant : embrasser, aider, soulager, accompagner, et  même crier, ou prier, ou simplement saluer – tout cela est d’avant. On en a, dit l’auteur « passé le pont » (XVIII). Comme un enfant ne sait que « pleurer et chanter » (XXVII), celui qui déplorerait les morts ferait, par rapport à eux, l’enfant. L’école vraie de la présence doit nous faire quitter sa cour de récréation. Pour quelle salle d’études ? Celle, semble-t-il, de la réciprocité impersonnelle. Ou, plus nettement dit : l’exigence d’assurer la rencontre des vides (le leur, le nôtre). Se hanter mutuellement, dit fortement la strophe XV (le poème dit de la mort), et « paisiblement », de sorte qu’il puisse, de part et d’autre, faire « beau temps désormais/ sur tout le vide de soi » (XXIV).  

« et les poissons

qui ont de calmes

ressemblances

et les noyés descendent et plus rien ne les blesse » (XXIX)

 Éric Sautou, s’il tente bien ce qu’on décrit ici, ne peut pas savoir ce qu’il fait.  Son écriture, partageant l’apesanteur des morts, s’éloigne de lui à proportion (« ce que j’écris m’éloigne de plus en plus/ne prend plus soin de moi ce que j’écris/m’abandonne » V). Il laisse son art aller là où celui-ci cesse de pouvoir saisir son objet, et l’en affermir en retour. Devient cauchemar un rêve au moment où il ne peut définitivement plus rien pour nous; mais – que l’on pardonne cette formule un peu obscure – on ne cesse de faire la guerre qu’en la devenant. Le relais qu’on passe au néant, logiquement, par là-même on le lâche; mais celui qu’on passe au Tout, il ne nous lâche plus. La nostalgie n’est finie qu’en laissant les morts ressusciter les morts. C’est l’effort sublimement sobre d’Éric Sautou. 

« bientôt il n’y a plus eu

la seule chose de l’amour » (XXXIII)

                                                       ——-

* Note parue sur poezibao

©Marc Wetzel

D’autres chroniques de Marc Wetzel concernant les livres d’Éric Sautou: ici