Poètes de l’amitié – Poètes sans frontières

LES ACTIVITES BENEVOLES DE L’ASSOCIATION LES POETES DE L’AMITIE  – POETES SANS FRONTIERES DEPUIS 1974


–          Publication de 194 numéros de la revue de poésie Florilège

–          Plus de 7348 auteurs publiés gratuitement

–          5259 ouvrages critiqués ou recensés 

–          92 recueils de poètes édités gratuitement en 500 exemplaires

–          Plus d’une centaine de recueil édités dans ses collections entre 1974 et 1990

–          2589 spectacles en France, En Europe et au Québec

–          4121 lectures dans les bibliothèques, Hôpitaux, écoles, MJC, foyers, dans la rue

–          2 spectacles pour récoltés des fonds pour opérer des enfants à l’étranger

–          3 ouvrages d’auteurs édités à titre posthume aux frais de l’association

–          72 salons du livre en France

–          Plus d’une centaine d’anthologies de poésie éditées au fil des années

–          Création de 2 prix d’édition en poésie pour éditer les auteurs gratuitement

–          639 réunions de travail ou colloques autour de la poésie

–          37 expositions de poésie, peinture et divers arts contemporains

–          1 comité de lecture composé de 7 personnes pour la sélection des textes par votes

–          Commission pour aider les auteurs à ne pas éditer à compte d’auteur

–          8754 coupures de presse 

–          Les adhérents ont accès aux comptes recettes et dépenses sur rendez-vous

–          Organisation des colis de Noel pour les défavorisés de l’association

–          Création de 1980 à 1990 de SOS AMITIE EN POESIE 24 H / 24 H pour éviter le suicide

–          Agrément Ministériel pour intervenir dans les écoles

L’association a reçu en 2014 le trophée de l’association la plus dynamique de la Côte d’Or par le Ministère de la Jeunesse et des Sports et de la vie Associative.

Son président Stephen BLANCHARD, a reçu la médaille d’or de ce même Ministère pour 40 ans de bénévolat ainsi que la médaille de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres du Ministère de la Culture après la parution de 25 recueils de poésie. Chaque année, un prix de poésie dont le tirage est de 500 exemplaires récompense un poète.

Prix de poésie Yolaine et Stephen BLANCHARD


le nouveau site  : http://poetesdelamitie.blog4ever.com/

Gérard Le Goff, Croquemouflet, conte, illustrations de Sandrine Besnard, 83 pages, éditions Stellamaris, ISBN : 978-2-36868-833-5


Délicieux ! Gérard Le Goff, qui est aussi à l’aise en prose qu’en poésie, nous propose ici un conte pour enfants qui ravit tout autant les adultes que nous sommes. Les dessins signés par Sandrine Besnard sont parfaits et suscitent à la fois fraîcheur et rêves. 

Tout d’abord, les protagonistes, caractérisés par des patronymes savoureux : l’ogre Croquemouflet, le garçonnet Jean Jolicoeur et sa maman Alice, le copain Léandre Coquet, le chat Balthazar, l’instituteur Compas… Et puis, tout un Petit Peuple de nymphes, fées, elfes et autres personnages minuscules, étranges et truculents. Les lieux : le village de Saint-Anthelme, la forêt de Bételgueuse, les Hauts de Golconde, résidence de l’affreux géant. Le décor est planté. On se croirait un peu à Brocéliande (comme son nom l’indique, l’auteur est éminemment breton) !

L’intrigue rappelle celle du boucher qui séquestre des enfants, les dépèce en son saloir et les dévore dans son antre au fond des bois. Le but, comme dans la légende de Saint Nicolas, est de les sauver et de vaincre l’affreux cannibale… S’organise une troupe hétéroclite à cet effet. Atmosphère type Clan des Sept de la bibliothèque Verte tant chérie de notre enfance.

Là s’arrêtent les réminiscences, car la magie est ici subtile. Pas de jeu de force ni de bataille. La mère va proposer à Croquemouflet un plantureux repas de végétaux concoctés au domicile du géant afin de l’apprivoiser, de l’enivrer et de délivrer trois enfants sur le point d’être sacrifiés. La gourmandise du récit et de la recette nous fait penser que l’auteur doit être lui-même bon vivant ou fin cuisinier ! Délivrance et fuite des protagonistes. Ce qui suit ne manque pas d’être original : Croquemouflet se convertit résolument, devient végétarien et se nomme désormais Croquechou ! La chute est non seulement cocasse, mais Le Goff ajoute un Epilogue interpellant le lecteur de manière humoristique. 

La bonhomie du récit, de ses détails et dialogues très réussis, le faux suspens de l’action (on se doute bien de l’issue de ce conte mais on ne devine pas la manière !), une langue parfaitement maîtrisée, donnent ici une ambiance poétique et rendent la lecture délicieuse. Pour tous, y-compris pour les grands-parents, à savoir les enfants que nous sommes restés en ces périodes de Noël.

Pascale Auraix-Jonchière, La plume du peintre. Tombeau, Le Taillis Pré, Châtelineau, 2023

Pascale Auraix-Jonchière, La plume du peintre. Tombeau, Le Taillis Pré, Châtelineau, 2023


En fine connaisseuse de la poésie du XIXème siècle, Pascale Auraix-Jonchière reprend la tradition du Tombeau, en hommage à son père mort. Bouleversant dans son âpreté, le recueil, et le mot prend en la circonstance son double sens, s’intitule La plume du peintre. La plume du peintre, comme l’indique la 4ème de couverture, est une petite plume pointue en forme de fer de lance, souple et rigide à la fois provenant de l’aile de la bécasse des bois et qui, au Moyen Age, servait pour réaliser les enluminures. Elle s’inscrivait, s’immisçait dans les marges et le corps du texte pour le recouvrir de couleurs vives. Cette plume du peintre, confondue avec la plume de l’écrivaine, ou fondue en elle, ne trace pas ici une auréole de lumière autour du mort, ne se fait pas hagiographique, comme l’a voulu à ses origines la tradition du Tombeau. Elle n’est pas non plus célébration, déploration, ou consolation  (« foin des cérémonies ») : en apparence adaptée au défunt qui fut, à ce que l’on sait, chasseur à ses heures, lui convient mieux cependant la pointe sèche d’acier des eaux-fortes, qui recourt à la morsure de l’acide, pour « forer les peines », gratter, dénuder la couche protectrice et polir, aussi, in fine, comme un dessin sur le sable. 

Tout part du point ultime, le masque mortuaire imposé au regard : un visage pétrifié, « vrillé », à « la mâchoire étirée de pierre », aux lèvres de « papillon crucifié », visage de « Mohican » ensauvagé ou « gueule d’ange », « mon ange » prêt à monter aux cieux, selon l’angle du regard, mais présence manifeste d’une absence : 

Toi

lèvres cousues

beau gisant

et sous l’habit 

             – foin des cérémonies –

ton corps maculé d’encre

Redonner vie au mort ne peut se faire que par une opération de transfusion lexicale  ou de perfusion d’encre, ce que sait faire le poète : par procuration (car « le vent a saisi tes paroles/ qu’il noue/ dans le grand sarrau de la nuit »), il s’agit de découdre les lèvres, d’insuffler les mots, « rugueux », d’instiller les phrases, de « faire palabre » en grattant les pages comme une peau :

 Je te prêterai des paroles nues 

La poétesse se fait médium spirite. Et s’entrelacent alors, par un jeu de typographie, « ce qu’il dira » (mais, comprenons-nous, n’a jamais pu dire, « le récit est inentamé », les bouches sont restées closes) et ce que sa fille, la gorge nouée, dira de lui, lui dira, dans une sorte de colloque violent (« Ouvrir les portes/Père/avec fracas ») et tendre à la fois.  

Du corps maculé d’encre, doit apparaître, dans le noir, la lumière du noir, à la manière de Soulages (évoqué au détour d’un vers) qui n’a eu de cesse de creuser l’intensité chromatique et lumineuse du noir, son autorité, sa gravité, son évidence et sa radicalité. Pour ce faire, la plume du peintre, trop légère, ou la pointe d’acier de l’eau-forte ne suffisent pas. Est nécessaire de recourir aussi au fusain ou, comme Ernest Pignon-Ernest, à la pierre noire « de l’absence » qui n’est autre que le charbon, et qu’on estompe (« point trop ») à la gomme en en raclant la trace : 

ton corps maculé d’encre

muscles de soleil dur et de charbon

tendus

            quoi qu’on en ait

vers plus de lumière

Et graphite et fusain

Houille

et plomb des mines tendres

                 point trop

pour l’estompe de 

tes  traits

froidis

ou, plume

pour dire 

et peindre le portrait

          introuvé

Peindre l’introuvé est une entreprise redoutable, qui n’est pas si éloignée de celle rencontrée par le peintre Asle mis en scène par Jon Fosse, nouveau prix Nobel de littérature, dans L’autre nom (Christian Bourgois Editeur, 2021). Dans son monologue logorrhéique de 431pages, il  ne cesse de penser son art : 

« quand je peins c’est toujours un peu comme si j’essayais de dé-peindre des images […] qui se sont fixées en moi […] pour en quelque sorte me déprendre d’elles […] tellement d’images qu’elles sont un déplaisir, une importunité, oui elles m’importunent à force de surgir et de ressurgir, oui, comme des visions pour ainsi dire, dans toutes sortes de moments et de lieux, et je ne peux rien y faire, tout ce que je peux faire c’est me défaire d’elles, me déprendre d’elles en les peignant » (p.37-36)

« j’attends pour me séparer d’une image de l’avoir vue dans l’opacité, j’attends que l’oeil se soit pour ainsi dire habitué à l’obscurité, et je vois l’image tel un jeu d’ombres et de lumières, et je regarde l’image afin de voir les manières et les endroits dans une image où brille la lumière, et c’est toujours, c’est toujours dans l’obscurité qu’une image a le plus de lumière et je pense que c’est sans doute pour cette raison que Dieu gagne en proximité dans le désespoir, dans le noir »  (p. 119-120)

Saisir la lumière dans l’opacité, et l’opacité dans la lumière (« faire lumière aux marges de la nuit ») est un thème récurrent (« noir beau/ diamant noir ») dont témoigne encore ce qui suit :

la pensée des oiseaux

on dirait

vous extrait du puits de mine

     perclus de lumière

     noire

parés d’or fin

Peindre pour dé-peindre et se dé-prendre, tel me semble d’un des objectifs du recueil. C’est ce que Asle appelle : « rechercher  l’obscurité lumineuse » : 

« l’obscurité lumineuse que j’essaie toujours de peindre devient visible dans l’obscurité oui, plus il fait sombre plus ce qui brille de façon invisible dans une image devient clair[…] oui il y a des cieux si beaux qu’aucun peintre ne peut les égaler, et les nuages, oui, dans leurs mouvements infinis, toujours identiques et toujours,différents, et le soleil et la lune et les étoiles aussi, oui, mais il y a aussi la mort, le pourrissement, la puanteur, l’étiolement, la corruption, et tout ce qui est visible est uniquement visible, que ce soit beau ou laid, mais ce qui a de la valeur, ce qui brille, ce qui dégage une obscurité lumineuse, oui, c’est l’invisible dans le visible  (p. 418-419)

L’épitaphe choisie pour le tombeau (empruntée à Pierre Bergounioux) ne dit pas autre chose :

« Les êtres et les choses, quand  ils sont là, on n’y pense pas. Il faut les perdre. Alors ils ne sont plus que par nous et c’est en leur absence qu’ils nous livrent ce qu’on n’a pas vu. ».

Passé le temps de l’élévation vers les constellations visibles dans la nuit, convoquées par le nom,  Altaïr, donné à la salle du funérarium où repose le corps du père, et le rêve d’atteindre Orion, le grand chasseur, qui, « porte un nom d’urine et d’or fin », la plume perd sa légèreté. Il faut consentir à descendre pour retracer, métaphoriquement, les pas terrestres de celui qui, dans une « saison renversée » (raison inversée ?) s’est retrouvé, « chasseur sourd ou/quasi », aveugle et « dépourvu de boussole » dans la forêt, autrefois familière et source d’allégresse, devenue « cri », et qui se voit contraint, avant la prostration, de « creuser le bois/ de [ses] ongles » et de « cautériser les plaies de l’écorce ». Dire l’histoire d’un absentement soudain au monde :

Saura-t-on jamais

quand et pourquoi

cessa

le haut frisson des arbres

La descente se poursuit dans le ventre de la Terre noire, celle du paysage minier de l’enfance paternelle et de ses puits profonds que le père semble avoir un temps lui-même explorés (« Père/maquillé de suie ») avec casque et lampe (il faut bien toujours que soit cette petite lumière dans l’obscurité profonde) : houille et suie et gueule et noir et poussière et graphite et fusain et plomb des mines, litaniques, se succèdent et se bousculent pour tenter de dire ce qui ne fut pas dit. Comme reste inentamé le récit même de l’enfance noire :

Noir du puits quand

     petit

Noir même pas peur de la chambre

     noire

Noir  de cave 

       et d’armoire

Le noir est le signe même d’une filiation : le père a des « cheveux de fusain/noir », sa fille est noire/de sexe/ et de cils ».Voilà pourquoi « elle dira », et elle a dit. Le recueil s’achève sur un retour de la plume au point de départ : le « masque de guerrier/ et de grand blessé »  du père allongé au funérarium, qui désormais peut dormir tranquille.

Ce qui fait le prix de ce recueil poétique, c’est l’absolue beauté de sa parole nue, qui taille au couteau de splendides images, et qui, par l’usage du blanc typographique, de la rétention verbale, de la suspension et de la distorsion syntaxique :

Quand le vent

ne plus

dans

                les cheveux

parvient à appréhender une vie, dans sa pulvérulence, ses chaos, et ses blessures. 

Imprécations Nocturnes de Grégory Rateau a remporté le prix Renée Vivien 2023.

L’Académie Renée Vivien: présentation

Le prix Renée Vivien


« Cette marche forcée de l’homme vers l’homme vous prend corps et âme. Il y a tellement de souffle qui balaie ces vers que l’on a le sien coupé. »

« Beau texte mêlant l’urbain, l’aventure et l’amour. »

« La lumière est là, souvent plaquée par une lucidité nocturne. »

« Un véritable style. Un univers personnel. Un recueil dense, une écriture libre et maîtrisée. »

« Enthousiasmante humeur noire. Un auteur à part entière. »

« Poésie magnifique, flamboyante. Très organique, sensorielle. Tournée vers l’intérieur tout en étant à l’écoute du dehors, de l’autre, des autres. Écho de tant de vies brisées. Le quotidien magnifié. Le poète maudit qui en joue, n’est pas dupe de sa mise en scène… mais il reste la force d’un monde tissé dans la poésie et sa désespérance. Pas un poème sans au moins une fulgurance ! »


Tu l’as écrit si souvent

dans des récits minuscules

et aujourd’hui qu’elle se présente enfin à toi

tu feins de ne pas la reconnaître

la coucher là, frivole malgré sa gravité

pour mieux la repousser

terre vaine

l’eau du puits stagne depuis l’enfance

seuls les rocs ruissellent encore

entre deux averses 

quand le soleil n’est plus de cire

tu ne veux voir personne

seulement la cendre de tes cigarillos 

qui enlumine ton visage de vieux bonze

la littérature te fuit et pourtant

il ne reste qu’elle pour te sourire


Grégory Rateau

Né en 1984 à Drancy, Grégory Rateau vit aujourd’hui en Roumanie où il dirige un média et se consacre à l’écriture. Il est l’auteur d’un roman, Noir de soleil (sélectionné au Prix France-Liban et au Prix Ulysse du premier roman 2020) et d’un premier recueil, Conspiration du réel. Ses poèmes circulent dans des anthologies et dans une trentaine de revues en Europe. Grégory Rateau a été publié par la Revue Traversées, N°102.


Lire ou relire la chronique de Dominique Boudou à propos du livre Imprécations Nocturnes de Grégory Rateau pour la Revue Traversées: cliquez Ici