Traversées a reçu

29/10/2012

 

Traversées a reçu :

 

Les recueils suivants :

 

  • Le bestiaire en émoi, Jacques CANUT, 2012, illustrations de Claudine GOUX et Odile VERLAG.

 

  • Le bleu des veines, Louis RAOUL, 2012, Citadel Road Editions, 8, rue Jollivet-Castelot à F-56000 Vannes, 5€.

 

  • Capharnaüm, MANDIN, Lanore, 2011, 192 pages ; 15€.

 

  • Je ne doute pas que mon impertinence « d’utiliser » René Char surprendra plus d’un visiteur… mais si un poète doit laisser des traces (des poèmes comme les tesselles d’une mosaïque-, il ne doit pas pour cela déposer ses empreintes dans les rêves d’un autre, fut-il son père ou son mentor. René Char est mon ami, mon amitié (dans un seul sens pour cause de décalage horaire) s’est tissée en le lisant, nous nous sommes parlés… les poètes ont des silences qu’eux seuls peuvent entendre. D’autres sont aussi mes amis, sans oublier Bach ; mais comme un bateau je ne suis pas amoureux des vagues, elles me portent, me dirigent et en fin de compte m’échouent. Ma coque ne prend pas l’eau et mon tirant n’est pas obsessionnel.

Capharnaüm est un capharnaüm au sens propre, c’est-à-dire un bric-à-brac, un souk, une brocante… tout simplement un homme ! Qui rentrerait chez lui sans y être invité, pour chercher… rien de particulier, rien de réel, une vieille émotion cabossée, une idée pour sourire. Toute cette poussière qui recouvre ses souvenirs et autres élucubrations, est gris doré, c’est de la poésie brute, originelle, déposée-là par des receleurs nommés Char, Baudelaire, Eluard et tant d’autres et par vous aussi Orizet.

René Char n’a-t-il pas écrit dans les Feuillets d’Hypnos : « N’étant jamais définitivement modelé, l’homme est receleur de son contraire. »

Je ne suis qu’un farfouilleur poétique qui cherche un poème pas encore écrit… pas encore lu… je chine dans les émotions une idée pas trop abîmée. 

 

Mandin

 

  • Celle, Chantal DUPUY-DUNIER, L’Arbre à paroles, 2012, 72 pages ; 8€.

 

  • Née en Arles, Chantal Dupuy-Dunier réside aujourd’hui à Clermont-Ferrand, après dix années à Cronce, petit village de la Haute-Loire. Dans la montagne et son silence qui permettent de prendre de la distance, non seulement vis-à-vis de l’agitation du monde mais à l’égard des grandes préoccupations humaines. La mort, par exemple, jamais nommée dans ce recueil. Simplement,

« Celle

qui scellera,

par qui les bouches seront closes,

la seule à permettre la continuité du langage »

L’innommée, l’innommable, Celle qui prend ici la parole :

« Vers moi

montent les requiem et les poèmes,

au large de tout imaginaire. »

« Au commencement était Celle »… qui aura toujours le mots de la fin.

 

Francis Chenot

 

  • Celui qui marche, Geneviève ROCH, éditions La Porte, Yves Perrine, 215, rue Moïse Bodhuin à F-02000 Laon, 2012 ; 3,75€.

 

  • Copie blanche – 4, Jacques CANUT, Carnets confidentiels, 2012.

 

  • Entre mes bras, Thierry ROBBERECHT, éditions Weyrich, collection Plume du Coq, 2012, 122 pages.

 

  • Une chaise roulante peut-elle tomber amoureuse de son occupant ? En vérité, ce serait même sa vocation. Mieux qu’une épouse, un enfant ou une mère, elle tient son patient dans ses bras, le réconforte en silence et le protège des atteintes de la vie.

Et quant l’auteur pousse la chaise hors de l’hôpital, c’est pour découvrir dans Charleroi des SDF ou des « jeunes issus de l’immigration ».

De cette quête symbolique à la fois drôle et terriblement cruelle, Thierry Robberecht fait une fable sur la dignité, seule réponse possible face à la précarité de la condition humaine.

 

  • Thierry Robberecht est né en 1960. père de deux enfants, il a surtout écrit des romans pour la jeunesse chez Syros et au Livre de poche, des scénarios de bandes dessinées chez Dargaud et Casterman, ainsi que des chansons pour Marka et Jeff Bodart.

Un accident de vie l’a amené à écrire Entre mes bras, son premier roman « tous publics ».

 

  • Fragments 2, Luc-André REY, Résidences de l’Arbre à paroles, 2012, 67 pages ; 10€.

 

  • Fragment ?

Entre là d’où viennent les mots et là où ils s’en vont.

Des mots, sans majuscules, sans point final.

Des courbes dans un monde bien trop vaste pour qu’on puisse le mesurer, s’y croire quelque hauteur.

Et dans les courbes de ce livre, un thème émerge : la mort. Mais d’une bien singulière façon puisque, selon l’auteur, la mort n’existe pas :

 

« je ne dis pas la mort il n’y a rien après

Je dis tout simplement il n’y a pas d’après »

 

  • Journal des traces, Mattia SCARPULLA,poèmes, L’Harmattan, 5-7, rue de l’Ecole Polytechnique à F75005 Paris, 2011 ; 9€.

 

  • Dans l’air de Mattia Scarpulla, il y a de l’oxygène et des mots, français et italiens, qui se baladent. Journal des traces n’est ni intime ni chronologique – la mémoire jongle avec ses oublis, elle joue avec les souvenirs, les désorganise au gré de ses envies :

 

l’oubli est l’histoire qui devient trace.

 

Qu’importe dans quelle langue s’élabore l’œuvre poétique, elle est une langue étrangère. Le chemin à parcourir pour la rejoindre est l’espace de liberté où se niche le travail d’écriture.

 

Marie-Gabrielle Houriez

 

  • La nuit des papillons, Michèle CAUSSAT, Thierry Sajat, 2012, 26 pages ; 5€.

 

  • La nuit des papillons c’est le temps passé qui revient, ce temps qui fait ressurgir de la mémoire de Michèle Caussat des images-souvenirs, quand elle « attend la venue de l’aube ».

La prose poétique de l’auteur témoigne d’un certain mal être. L’auteur se sent « envahie de pensées macabres », elle est « pourchassée ».

L’auteur sent, ressent près d’elle la présence de ses parents ; la poésie anime ses sentiments, et comme un mal être que traduit l’écriture sous la plume fragile de l’auteur, les papillons, noctuelles de l’esprit, suivent les mots.

Michèle Caussat, avec émotion, écrit la nuit des mots, les siens papillonnent vers nous.

 

Thierry Sajat

 

  • Oxygène ou les chemins de Mortmandie, André-Marcel ADAMEK, éditions Weyrich, collection Plumes de Coq, 2012, 123 pages.

 

  • La prison de Mortmandie compte huit cents détenus de sexe mâle, condamnés à des peines variant entre cinq et cent ans. Une seule visite annuelle y est autorisée…

A l’aube de chaque été, Martheline, Dieudonné et tant d’autres des collines se mettent en route. C’est une manière de pèlerinage. Ils sortent de leur haute tanière de rocaille et déambulent par les chemins de poudre et de goudron, avec leurs gros souliers à clous, leurs paquets magiques et l’éclat déconcertant de leur regard de pierre.

Parfois, ils exagèrent…

 

  • Bien avant de signer des titres marquants comme Le fusil à pétales, La fête interdit ou La grande nuit, Adamek avait révélé en 1970 Oxygène ou les chemins de Mortmandie à quelques lecteurs chanceux. Tout l’univers passionnant et mystérieux du grand romancier est déjà présent dans ce premier livre, introuvable depuis plus de 40 ans. On y respire d’emblée l’Oxygène vivifiant d’une œuvre riche d’une rare originalité, tant par son atmosphère sensuelle et baroque que par son chant imagé et lyrique.

 

  • Le Partage des airs, Jonas EKHR, L’Arbre à paroles, 2012, 47 pages ; 7€.
    • Depuis plus d’une quinzaine d’années, Georges Thinès et son œuvre ont touché Jonas Ekhr. Thinès a fêté ses 88 ans au mois d’avril 2011, Ekhr est presque un demi-siècle plus jeune. A travers Le Partage des airs, ce voyage à deux voix, environ 110 poèmes en prose poétique, Jonas développe et dénude une multitude de thèmes chers à G. Thinès. Ceux-ci ne lui sont point indifférents et il n’a pas peur d’y plonger et de se mettre à nu dans une écriture qui est un pur bonheur. Il s’adresse à Thinès à propos du mot :

« Tu nommes ‘Erébe’ l’origine – le puits, la source, le royaume. L’éden enténébré, contraire de l’éden, et d’où le mot surgit. »

Il célèbre avec Thinès « l’aube absolue », « l’expédition décisive » qui donnée peut-être accès « aux clairières interdites » et beaucoup d’autres sujets. Jonas Ekhr rend à travers Le Partage des airs un fascinant hommage à l’œuvre considérable de Georges Thinès, homme de sciences, écrivain et musicien.

 

Rio Di Maria

 

  • Réminiscences, MANDIN, Préface d’Alice MACHADO, Lanore, 2008, 158 pages ; 15€.

 

  • Se souvenir c’est chuter dans le passé.

je me suis souvenu de l’atelier d’Alain Jullien Minguez, lorsqu’il travaillait sur Icare ; cette mémoire s’imposa à moi comme un centre de gravité… Un mot qui s’invite dans la réminiscence.

La chute d’Icare est donc la réminiscence de nos vies passées. Me souvenant de sa mort, sa vie me ramena à la mienne et j’ai ainsi commencé un seul et long texte. Cartes postales découpées dans ce voyage de l’âme réminescente !

Au fur et à mesure de l’écriture les mots maculèrent des souvenirs à peine secs, qui n’ont peut-être jamais existé. Dont il n’a jamais été le témoin.

En des voltiges icariennes des souvenances se sont éparpillées en chutant dans ce livre ; comme le peintre aux doigts oranais, tel son perpétuel Icare, j’ai chuté moi aussi pour me taire… Pour taire les origines de nos histoires faites de ruelles enchevêtrées, dont nous étions les frères, seulement. Dans cet oubli du souvenir, lui seul ne saura jamais de Qui est fait le silence.

Seule le poète sait se taire… susurrement.

 

  • Rouge au bord du fleuve, Corinne HOEX, éditions Bruno Doucey, collection Embrasures, Fontaine O Livres, 85, rue de la Fontaine-au-Roi à F-75011 Paris, 2012 ; 6,10€.

 

  • Le mot de l’éditeur :Le fleuve qu’évoque le recueil de Corinne Hoex, quel est-il ? Sans jamais le nommer, les courts poèmes du recueil permettent de l’identifier puisque la Barthelasse, citée dans le texte, est la plus grande île fluviale de France, située entre Avignon et Villeneuve-lès-Avignon, sur le Rhône. Trop puissant pour être emprisonné, trop impétueux pour s’accorder à l’immobile, ce dernier porte encore en lui la trace du fauve qu’il était. J’aime cette eau, cette île, cette nichée de prairies et de terre, corps allongé, étendu, attendu, séquestré dans le courant du fleuve. C’est que deux bras l’étreignent – l’un vif, l’autre dormant – caressant ses courbes, submergeant ses rives, laissant les « mains nues du vent » lier et délier son châle de soie rouge. Sans que l’on sache toujours qui du fleuve ou de l’île invente l’autre, Corinne Hoex confie à la poésie le soin de dessiner les cadastres d’une absence.

 

  • Un poème nous sépare, Louis SAVARY, Les presses littéraires, 100 pages, 2012 ; 15€.

 

Les revues suivantes :

  • L’aèden° 32, fin 2012, 4 pages A5

Bulletin à périodicité variable de l’Union des Poètes francophones

Centre social et culturel, Mairie à F-84110 Puyméras

http://upfpoesie.blogspace.fr

(Chris BERNARD)

 

  • Les Amis de Thalie n°73, 3ème trim. 2012, 90 pages A4

+ La gazette des Amis de Thalie n°47, 12 pages A4

Revue littéraire et picturale

La Valade à F-87520 VEYRAC

lesamisdethalie@voila.fr

(Nathalie LESCOP-BOESWILLWALD)

 

  • Le Bibliothécaire, 3ème trimestre 2012, 92 pages A5

Bulletin trimestriel qui recense et commente les dernières

parutions

Association des Bibliothèques Belges d’Expression Française

rue de Bruxelles, 87 à B-1470 GENAPPE

dagneau.michel@skynet.be

(Michel DAGNEAU)

 

  • Le carnet et les instantsn° 173,

du 1er octobre au 30 novembre 2012, 132p. 23 X 21

Dossier : Le théâtre-action ;

Mes éditeurs et moi : Michel Lambert ;

Hommages : Jacqueline Harpman, Dominique Rolin

Lettres belges de langue française, bimestriel

Bd Léopold II, 44 à B-1080 BRUXELLES

carnet.instants@cfwb.be

(Laurent MOOSEN)

 

  • Coup de soleiln° 85, juin 2012, np A5 ; Poésie et art, 7€.

Maison de la poésie, Passage de la Cathédrale

à F-74000 ANNECY – (Michel DUNAND)

Gilles Baudry, Azouz Jemli, Thomas Duranteau, Mahrou M. Far, Anne-Lise Blanchard, Nicolas Gille, Nilay Özer…

 

  • Le courrier international de la Francophilie n°24, 2011, trimestriel A4, 150p. ; 187, rue de Traian, Galati, 6200 à 800150, Roumanie.

La revue paraît sous l’égide de la FNSA (Académie Roumaine).

(Simona FROSIN)

Jacques Le Gall, Razvan Theodorescu, Général C.-P. Nechita, Daniel-Henri Pageaux, Pierre Brunel, Daniel Aranjo, Giovanni Dotoli, Jean-Paul Gavard-Perret, Paul Bazan, Alain Vuillemin, Ioan Huma, Valentin Ghisa, Io Manea, Constantin Frosin, Olivier Furon, Eric Duvois, George Filip, Mircea Colosenco, Najla Oumainma Haddaoui, Simone Frosin…

 

  • Debout les motsn° 47, octobre à décembre 2012, 6p. A3

Périodique d’information trimestriel de la Maison du Livre

rue de Rome, 28 à B-1060 BRUXELLES

info@lamaisondulivre.be

 

  • L’écritoire de Bousserezn° 78,

septembre 2012, format A4

L’écritoire de Bousserez rassemble des personnes aimant

écrire, échanger des idées, jouer avec les mots…

91, rue de Bousserez à B-6769 SOMMETHONNE

Circulation et écologie

(Irène JACQUES)

 

  • Expression / Les Adexn°49, octobre 2012, 12 pages A4

30, rue René Delorme à F-60800 ROUVILLE

(Jean-Pierre HANNIET)

info@lesadex.com

 

  • Le Glettonn°438, septembre 2012, 20 p. 16X24

Mensuel de la Gaume et d’autres collines

28, rue Saint-Martin à B-Villers-sur-Semois

secretariat.gletton@gmail.com

Michel DEMOULIN)

 

  • Handshake n°84, 2012, irregular publication, 1 feuillet A4 recto-verso.

(John F. HAINES, 5, Cross Farm, Station Road North Fearnhead, Warrington, Cheshire, AW2OQG)

 

  • Inédit nouveaun° 258, septembre-octobre 2012, 32p.A4

Mensuel littéraire des Editions du Groupe de réflexion et d’information littéraire (GRIL) ne publiant que de l’inédit

avenue du Chant d’Oiseaux, 11 à B-1310 LA HULPE

0032 (0) 2 652 11 90

(Paul VAN MELLE)

Cristino Cortes, Louis Delorme, Claude Méré, Marcellin Nisolle, Jean-Michel Tartayre, Aïdenor Aires, Jacques Basse, Ingo Cesaro, Chantal Cros, Micheline Debailleul, Paule Domenech, Gam, Philippe Jaffeux, Reiner Kunze, Geroges-Henri Le Garff, Roland Nadaus, Patrick Picornot, Isabelle Poncet-Rimaud, Bernard Schürch, Marguerite Sekko…

 

  • Lecture et tradition(nouvelle série) n°17,

septembre 2012, 32p. ; A5.

BP 1 à F-86190 CHIRE-EN-MONTREUIL

www.lecture-et-tradition.info ; sadpf.chire@gmail.com

(Jean AUGUY)

 

  • Lectures françaisesn° 665, septembre 2012, 64 p.A5 – Revue mensuelle de la politique française

La machine à vapeur de l’euthanasie relancée par l’élection de F. Hollande, par Luc Perrel…

BP 1 à F-CHIRE-EN-MONTREUIL

sadpf.chire@gmail.com

(Jean AUGUY)

 

  • La lettre des académies n°26, Palais des Académies, 1, rue Ducale à B-1000 Bruxelles.
    • La culture générale
      • De la volatilité de la culture générale
      • La culture générale ? Petits malins et grands nigauds…
      • Paris au vingtième siècle
    • 1812-1814 : Les Belges face à l’écroulement de l’Empire…

 

  • Microbe n° 72, juillet-août 2012, 24 pages A6

La revue qui ne rétrécit pas, même lavée à 90°

Launoy, 4 à B-6230 PONT-A-CELLES

ericdejaeger@yahoo.fr(Eric DEJAEGER)

Eric Allard, Karim Cornali, Grégoire Damon, Eric Dejaeger, Pascal Feyaerts, Geroges Friedenkraft, Alain Germoz, Thomas Grison, Joël Jacquet, Bastien Lahaut, Fabrice Marzuolo, Hervé Merlot, Jean-Baptiste Pedini, Thierry Radière, Thierry Roquet, Basile Rouchin, Thomas Vinau, Jean-Marc Couvé…

 

+ Deux poings ouvrez les guillements, Guillaume Siaudeau, mi(ni)crobe#35.

 

  • Guillaume Siaudeau est apparu dans le paysage poétique francophone il n’y a pas très longtemps. Trois ou quatre ans, pas beaucoup plus, je pense. Pourtant, il a déjà huit recueils à son actif et a créé et dirige une revue littéraire qui, avec seulement trois numéros parus, a trouvé sa place dans le petit monde des publications qui nous sont chères car elles flirtent souvent avec l’éphémère. On sent qu’il y a de l’énergie dans l’écriture de Guillaume. Que la source n’engendrera peut-être pas un grand fleuve tranquille, mais qu’elle n’est pas près de se tarir. Je la verrais plutôt engendrer une kyrielle de petits ruisseaux à l’eau claire et vive dans laquelle on ne trouvera, sauf accident, pas de méduses, mais où les renards pourront venir s’abreuver, peinards.

Eric Dejaeger

 

  • Rose des tempsn°10, revue de l’association Parole & Poésie, Eté, 32 pages, 5€.

7, villa Frédéric-Mistral à F-75015 PARIS

parole.et.poesie@gmail.com – (Patrick PICORNOT)

Armand Robin, Jean Grosjean, Johanne Hauber-Bieth, Claude Lefort, Gabriel Eugène Kopp, Francine Bonnemain, Léna Le Flao, Korinna, Bernard Poullain, Olvier Millot, Jean-Marc Thévenin, Patrick Picornot, Raymond Rillot, Aumane Placide…

 

  • Soleils & Cendre n° 104, septembre 2012, 36p. A5

Rue H. Daumier à F-84500 BOLLENE

solicend@orange.fr(Isabelle DUCASTAING)

Annie Hupé, Claude Niarfeix, Paul Neussargues, Marie-Pierre Canard, Yves Béal, Isabelle Ducastaing, Henri Tramoy, Sylviane Werner, Georges Juery…

 

Florian ZELLER – La jouissance

 

  • Florian ZELLERLa jouissance.

 

Devenu incontournable dans le paysage artistique depuis 2002, après un long détour par le théâtre où il excelle – en 2007, la pièce Si tu mourais, avec Catherine Frot, a reçu le Prix du jeune théâtre de l’Académie française et, en 2011, Catherine Hiégel, interprète de La mère, a été consacrée par le Molière de la meilleure comédienne  – , Florian Zeller, écrivain de trente-trois ans, revient avec La jouissance (Prix de la rentrée à la Forêt des livres), un nouveau roman publié chez Gallimard, et une pièce, Le père, créée au Théâtre Hébertot, interprétée par Robert Hirsch et Isabelle Gélinas.

La jouissance s’ouvre dans un lit sur une scène d’amour en apparence classique. Nicolas, trentenaire, réalisateur méconnu, amoureux de Pauline, vit « le sexe comme un moment métaphysique », un rêve qui annihile les déceptions de l’individu. Soudain la couette se soulève…, une troisième tête apparaît, le film qu’il s’invente se déroule librement sous ses paupières et la fantasmagorie de Nicolas est bien protégée de toute incursion (Notons que Florian Zeller « aime l’invisibilité »)…

De prime abord, c’est l’Ode à la joie rythmée par la neuvième symphonie de Beethoven qui accompagne l’histoire intime du jeune couple dans la recherche souveraine du plaisir érotique. Un jour, observant son entourage, l’auteur fait une constatation qui l’interpelle : de nombreux amis trentenaires se sont séparés de leur conjoint juste après la naissance de leur enfant ; alors il s’interroge sur « ce fait sociologique apparemment majeur » : « parce qu’il y avait un enfant l’amour semblait être condamné alors qu’il lui avait toujours semblé que le fait d’avoir des enfants était comme une sorte de ciment qui consolidait le couple et lui permettait de dépasser les difficultés sentimentales »… Or « construire quelque chose de plus large que soi », c’est-à-dire une famille, implique la notion de renoncement, une atteinte à la liberté, l’acquisition de l’esprit de sacrifice et aussi le sens du pardon. L’auteur en déduit que ces trentenaires du 21ème siècle sembleraient avoir « désappris à faire des enfants et vivraient sous la tyrannie joyeuse de la jouissance » parce qu’ils appartiennent à la première génération qui ne s’est pas construite sur l’Histoire.

La jouissance est aussi un roman européen : dès le début du livre se dessine une ligne de narration parallèle, « une grande Histoire parallèle à la petite histoire » relative à la construction européenne à partir du couple franco-allemand, François Mitterrand et Helmut Kohl ; Florian Zeller compare les lois qui régissent les individus à celles qui régissent les pays : « de la même façon que les êtres s’unissent dans un ensemble plus large dès lors qu’ils se sentent fragiles, de la même façon, les pays se joignent les uns aux autres à cause de l’intuition de leur faiblesse pour se sentir plus forts », d’où la construction d’un couple en crise dans une Europe en crise…

Ainsi, Florian Zeller nous offre, avec humanisme, un texte captivant, très vivant, enrichissant où les références abondent (hommage à Kundera, Cioran, Michel Leiris, Sartre…), au style fluide, à l’écriture simple et belle, très agréable à lire,  et ponctué de passages humoristiques qui détendent l’atmosphère malgré la gravité du sujet. Sans être un conte moral, La jouissance pose clairement la problématique de la vie de famille dans la société du 21ème siècle et pourrait susciter chez les trentenaires une certaine remise en question qui consisterait à intégrer dans leur façon de vivre la notion d’effort et la lutte contre l’individualisme afin de relativiser « les égratignures de la vie ordinaire ».

Yvette Bierry

Patrick Modiano – L’herbe des nuits

 

  • Patrick ModianoL’herbe des nuits

     

Patrick Modiano vient de publier chez Gallimard (collection blanche) son vingt-septième roman, dédié à son petit-fils Orson, et dont le titre est emprunté au poète russe Ossip Mandelstam.

Dès les premières lignes, nous retrouvons le monde onirique et musical de l’écrivain qui nous est cher, oscillant entre rêve et réalité, ou encore entre passé et présent : « Pourtant je n’ai pas rêvé. Je me surprends quelquefois à dire cette phrase dans la rue, comme si j’entendais la voix d’un autre. Une voix blanche. Des noms me reviennent à l’esprit, certains visages, certains détails »… Il a l’esprit en perpétuel éveil, l’imagination fertile, et il suffit d’un rien pour déclencher l’inflorescence de ses souvenirs. De plus, Patrick a toujours à portée de main son éternel carnet noir où il consigne, au fil des ans, des notes (noms, numéros de tél., textes courts…) ; ainsi, animé par une soif inextinguible de se réapproprier les bribes de son passé, et toujours à la recherche de la vérité, il se questionne constamment sur le cheminement de sa vie.

L’herbe des nuits, son nouveau roman, a pris naissance un dimanche assez lugubre où il s’est retrouvé derrière la gare Montparnasse ; c’est alors qu’un souvenir d’adolescence s’est imposé à lui : à la fin des années 60, période assez trouble, il était encore mineur, sur le qui-vive, errant sans domicile, il avait été bloqué dans ce quartier et s’était réfugié près de l’Unic Hôtel tenu par un protagoniste de l’affaire Ben Barka, protégé par la brigade mondaine et de ce fait peu contrôlé par la police. Dans une bande de pseudo-étudiants qui habitaient plus ou moins cet hôtel, Jean (premier prénom de l’auteur, en quelque sorte son jumeau), le narrateur, va rencontrer Dannie, une jeune fille sans carte d’identité personnelle et changeant souvent de domicile, qui menait une « vie clandestine ». Le roman se déroule entre Montparnasse et La Trinité. L’auteur nous invite à mener une enquête sur ces personnages, « il vivait une autre vie à l’intérieur de sa vie quotidienne, qui lui donnait une phosphorescence et un mystère qu’elle n’avait pas en réalité », et le livre est absolument passionnant, nous jouons au détective !…

Le narrateur et Dannie sortent ensemble et s’attardent dans les bars. Jean ne savait que peu de choses sur cette môme énigmatique mais il évite de lui poser des questions embarrassantes ; s’appuyant sur les propos d’un moraliste, il pense « qu’il faut prendre en silence les gens qu’on aime tels qu’ils sont, et surtout ne jamais demander des comptes ». Un jour, Dannie lui dit à brûle-pourpoint : « Qu’est-ce que tu dirais si j’avais tué quelqu’un ? » et lui de répondre : « Ce que je dirais ? Rien. » Réponse bouleversante, d’une compréhension remarquable, et magnifique preuve d’amour ! Dannie est « dans le pétrin », elle est impliquée dans une sale affaire aux côtés des toquards de l’Unic Hôtel…

Très beau roman, très fluide, toujours pudique, empreint de poésie, qui se lit d’une traite, autofiction poignante en clair-obscur dans la brume intemporelle et pénétrante des souvenirs de Patrick Modiano, « ces souvenirs qui jaillissent comme des herbes et que l’on broute sans fin »…

Quelques citations de Patrick Modiano :

« Les saisons varient et se confondent dans le souvenir comme si celui-ci, au cours des années, vivait de sa propre vie, d’une vie végétale, et qu’il n’était jamais une image fixe et morte. »

« Le temps palpite, se dilate, puis redevient étale, et peu à peu vous donne une sensation de vacances et d’infini. »

 

Yvette BIERRY

Jean-Pierre Védrines, Je pense que je vais tomber

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  • Jean-Pierre Védrines, Je pense que je vais tomber, Editions Apogée, 68 pages, 12 Euros, Rennes, 2012.

 

Le nouveau narrateur de J-P Védrines ignore les rhumatismes aux mains, aux pieds et aux reins. Son pas est assuré – pas n’importe quel pas. Dès lors il s’offre une ligne d’horizon que le commun des mortels ignore. A coup d’équilibres périlleux il rejoint une paix (provisoire mais paix tout de même), il attend aussi qu’une femme le rejoigne sans être trop pressé. Même si le bord de sa petite jupe pourrait déployer des jambes de reine.

Dès lors et si pour beaucoup la vie n’est qu’un imbroglio d’accrocs et de coutures, le narrateur, par étapes finement agencées, s’il croise le quotidien, n’y demeure pas vissé. Il se peut qu’on lui ait appris qu’on ne doit pas sucer un couteau avec sa langue non parce qu’on risque de la couper mais parce que cela ne se fait pas. Néanmoins il a franchi un pas bien au delà. Et on lève les yeux face à ces exploits. Certes il a peu le loisir de contempler les regards intenses qui sont fixés sur lui, mais sa raison de ses exploits est ailleurs.

L’ancien clown du cirque Romano est donc monté (à tous les sens du terme) en grade et gradation dans un texte qui devient une superbe métaphore de l’existence. Lorsque les enfants de l’artiste lui crient qu’il leur manque et qu’il doit revenir, soudain se perd volontairement le fil de l’anecdote pour une autre trame. Pour autant le récit n’est pas construit de fil blanc. Et malgré ce sur quoi l’artiste marche à aucun moment le récit accable… Au contraire même.

Celui qui est d’origine modeste trouve par son expérience une sorte de fraternité que chaque lecteur peut partager sans être juché là où l’artiste propose ses gammes. Et même s’il voltige tel un oiseau étrange les mots qui l’évoquent ne sont en rien du vent. Emane en effet du récit une leçon de sagesse dont la qualité d’espace est évidente. Elle vient mettre à mal la clôture où nous croupissons et qui étrique l’existence.

Védrines à sa manière (après un livre noir sur Rimbaud) enseigne la jeunesse, confie par truchement du savoir-faire et de l’empathie du funambule ses propres profondeurs d’âme. L’auteur prend de plus en plus une dimension d’importance dans l’espace littéraire du temps. Il mérite attention et reconnaissance tant ses histoires animées du don de la vie nous traversent. Leur magie n’est jamais trompeuse. Elle n’a rien à voir avec celles des dindons en cours qui gonflent leurs jabots à chacun de leur nouvel hochet. La magie de Je pense que je vais tomber est non une manière de plonger dans le vide mais la politesse et le dandysme de tenir la tête haute tant que faire se peut.

Jean-Paul GAVARD-PERRET

Un repas en hiver, Hubert Mingarelli

 

  • Un repas en hiver, Hubert Mingarelli – Stock (17€ – 137pages)

 

Hubert Mingarelli renoue avec ses paysages dépouillés, austères, son univers masculin et distille avec parcimonie les indications temporelles et géographiques.

Le lecteur se retrouve parachuté dans une campagne polonaise hostile, en plein hiver, où il croise trois soldats réservistes, investis d’une mission qu’ils semblent avoir oubliée dans leur errance, tenaillés par la faim et le froid, « un vrai marteau ».

Un mystère pour le lecteur, qui tente de décrypter qui est désigné par l’anaphorique « en » dans « Il en arrivait aujourd’hui », tout en comprenant qu’ il s’agit de traquer et livrer des fugitifs. La saison rendait la traque plus difficile ( ornières qui les faisaient trébucher), alors qu’ au printemps, ils en aurait trouvé dans les meules de foin.

Les trois hères, sentant un vent de liberté s’épanchent. On devine que ces fusillades les hantent, les minent et qu’ils rusent pour échapper à cette corvée expéditive. Le narrateur et Bauer prennent Emmerich en pitié, soucieux d’avoir laissé un fils, essayent de le conseiller, plaisantent même, prennent le temps d’une pause cigarette.

Le roman se déroule dans deux lieux : à l’extérieur et en huis clos une fois la cabane débusquée par l’un des trois protagonistes. Le temps se fige. On suit les efforts du trio hyperactif pour rassembler du bois, ranimer une cuisinière, trouver un récipient, faire de l’eau propre pour la soupe capable de les réchauffer. La visite inopinée du polonais (dont le flacon d’alcool providentiel délia l’atmosphère) et la découverte du juif au bonnet arborant un flocon de neige brodé vont élargir cette communauté fortuite. La communication entre ces hommes s’effectue par gestes, par le regard, faute de se comprendre et même par borborygmes. L’intonation de la voix ne traduisant pas uniquement de la solidarité, mais aussi du mépris, de la colère.

Hubert Mingarelli met en exergue ce qui force l’admiration pour ces hommes : leur esprit pratique, débrouillard, solidaire et fraternel, leur persévérance, leur combativité, leur patience et même leur générosité dans le partage de ce frugal repas.

La dextérité manuelle du polonais à sculpter une cuillère est également soulignée.

Comme Serge Joncour dans L’amour sans le faire, Hubert Mingarelli sait faire parler le silence. Cette quiétude omniprésente est toutefois troublée par le tintement du fer du lieutenant; une serrure, des volets que l’on force, le bruit sec des coups de crosse.

Le récit se lit comme une succession de tableaux convoquant l’œuvre de Caspar David Friedrich et ses paysages de neige (« La neige faisait un monticule effilé comme la crête d’une vague ») sous un ciel laiteux, d’abri enneigé, de chasseur dans la forêt, représentant la solitude, la tragédie du paysage. L’obscurité prévalant, les rares rais de lumière et une fenêtre éclairée sont un vrai baume pour le groupe.

La scène du repas est le point d’orgue du récit. La tiédeur se diffusant rehausse leur sensation de bien-être. La fumée, « la plus belle chose à voir » décuple leur bonheur.

Les bourreaux font alors preuve d’humanité, d’esprit fraternel, le temps d’une courte parenthèse qui leur fait oublier la hiérarchie militaire, leur soumission et leurs obligations. Mais la réalité les rattrape, leur insouciance va, à nouveau, faire place à la peur, aux craintes de l’avenir et pour certains au cafard.

Hubert Mingarelli sonde leur conscience, dévoile leurs atermoiements et expose le dilemme final qui les taraude. Obéir et ramener le juif que l’un d’entre eux devra fusiller à la balle, alors qu’ils ont partagé un semblant de repas (le syndrome de Stockholm ayant agi) ou le relâcher (le narrateur ayant cerné que leur captif avait la jeunesse du fils d’Emmerich) et rentrer bredouille, mais au risque que ce soit eux les victimes. Qui va donc être sacrifié ?

On peut subodorer que ce thème récurrent de l’état de guerre est une façon de dénoncer toute cette violence, la perte d’identité et d’humanité pour ces hommes.

Hubert Mingarelli signe un roman dans la lignée des Quatre soldats, au décor rude etglacialdans lequel ilmontre toute l’horreur de la Shoah. S’y mêlent poésie et douleur.

Nadine DOYEN