« Prix Roland le Cordier » au poète belge Jacques Viesvil

Société des Poètes français 2014.

« Prix Roland le Cordier » au poète belge Jacques Viesvil.

viesvil

Le plaisir est grand et la joie immense pour le comité directeur de la société des Poètes français de se retrouver sur la terre de Belgique, véritable ferment et matrice d’éminents poètes, sous l’initiative et les actions démultipliées au service de la poésie de notre amie Véronique Flabat Piot.

Cette reconnaissance, si besoin était, que la société des Poètes français décerne à JacquesViesvil me va droit au cœur.

Non seulement pour l’amitié que je porte à l’homme, mais également pour ma réelle admiration du grand poète qu’il est, tout effacé qu’il soit derrière sa modestie.

Et à qui, mieux qu’à Jacques Viesvil, pouvait revenir le Prix Roland le Cordier, qui lui aussi fut toute sa vie durant un militant humaniste et humble, mais très talentueux serviteur de la poésie. Qui se demandait, mais :

« Que sont-ils devenus les faiseurs d’idéal,

Les chantres de l’amour, les aèdes, les aigles

Qui repensaient le siècle ? » (1)

Ainsi dans cet esprit des penseurs du siècle des Lumières, Roland le Cordier et Jacques Viesvil ne pouvaient un jour que faire fusion par cette rencontre informelle et par leurs engagements de vie toujours liés à l’humain et leurs passions communes pour l’acte de poésie restituant de la hauteur et de la dignité à l’homme.

La poésie de Jacques Viesvil est une semence pour le champ des consciences.

Pour notre poète, l’homme est bien cette graine qui peut encore contenir une promesse d’espoir !

Large étendard arc- en- ciel déployé à la face du monde, avec cette volonté humaniste qui a toujours flotté sur l’œuvre globale de Jacques Viesvil. Poésie, essai, théâtre, roman, sans oublier de nombreuses chansons interprétées entre autres par Paul Louka. .

Notre poète est au sens propre, un éveilleur de conscience, un passeur d’âme, un orfèvre de la rêverie.

L’aspect prophétique de l’œuvre de Jacques Viesvil fonde sur l’homme les plus hauts degrés d’espérance, malgré les terres arides de l’incertitude que la société désorientée nous fait traverser actuellement.

Il est à espérer justement que ce cri prophétique de Jacques Viesvil soit écouté du plus grand nombre et qu’il ne reste pas braise éteinte !

Autre drame évoqué par Jacques Viesvil, l’asservissement de l’homme par l’homme et son anéantissement par ses propres techniques, par l’aliénation de ses propres lois, par son besoin de pouvoir et avidité possessive, par sa propension à la guerre et à la destruction.

L’homme s’enchaine lui-même à ses inventions diaboliques, à ses systèmes, ses jeux prohibés et ironie du sort, il ose prétendre défendre la liberté, alors qu’il s’est déjà auto-crucifié sur la porte de la cupidité moutonnière.

Oui les mots clés pour situer la poésie de Jacques Viesvil sont bien «  humanisme & espérance » A l’instar de Munch, c’est un grand cri, mais un grand cri d’amour !

Car malgré les déviances, les ignorances, les cruautés aveugles et les retours préoccupants vers des obscurantistes moyenâgeux dont sont capables les hommes, notre poète demeure dans la confiance, tout en se disant quand même, que ces hommes ont besoin de réapprendre à vivre !

Les nuances d’écriture de Jacques Viesvil sont d’une rare puissance expressive, elles pénètrent directement le cœur par la force et la beauté mêlées à la dramaturgie de certaines de ses images.

« …/… sois le convoyeur de lumière

le passeur de plénitude. »

Toute son œuvre est incrustée de notes poétiques aux précieuses sonorités imagées laissant transparaître d’insolites ambiances se donnant pour mission d’élargir le champ des consciences, en rappelant aux hommes qu’il ne faut pas prendre le risque de laisser égorger l’espérance.

Jacques Viesvil porte en lui cette passion de la vie et de la poésie à son plus noble degré et nous invite à marcher sur le feu de l’esprit.

Grand amateur d’art, les peintres et sculpteurs furent toujours présents dans son œuvre et collaborèrent régulièrement aux illustrations de ses livres, je ne citerai que les plus renommés, Charles Delporte, Jean-Joseph Cherdon, Christian Hoquet, Roger Somville, Lysiane Ketsman, Salvatore Gucciardo, que les autres me pardonnent.

Ce grand poète que nous honorons bien trop modestement et humblement aujourd’hui sur ses terres noires, a toujours soutenu que la poésie est l’art premier, l’art suprême qui nous rapproche le plus à la fois de l’humaine révélation et de l’éternelle interrogation spirituelle.

Entre « l’Homme éveillé » et «  l’Homme qui souffle sur les braises »Jacques Viesvil fut toujours l’homme du renouveau et de la renaissance.

«  Si tu peux abandonner ton vieux manteau, celui des idées toutes faites, celui de la facilité. Si tu peux abandonner ton vieux manteau et mourir à ton passé, sans t’accrocher à rien, alors tu renais à toi-même. » (2)

©Michel Bénard.

  1. Roland le Cordier – D’un cœur l’autre – Nouvelle pléiade – 1991

  2. Jacques Viesvil – L’Homme qui souffle sur les braises- éditions ABM-spiritualité. 2009.

Un instant appuyé contre le vent, Lionel Jung-Allégret, éditions Al Manar.

Un instant appuyé contre le vent, Lionel Jung-Allégret,  éditions Al Manar, 2014

  • Un instant appuyé contre le vent, Lionel Jung-Allégret, éditions Al Manar, 2014

Le dernier volet de la trilogie de Lionel Jung-Allégret, Un instant appuyé contre le vent, est un long poème où alternent des versets et des vers libres qui permettent au lecteur d’unir son souffle à celui du poète.

Dès le début, en effet, des tirets signalent un dialogue. Mais ne s’agit-il pas plutôt d’un entretien avec soi-même au cours duquel le sujet énonce ses certitudes dans le bien comme dans le mal, dans la vie comme la mort :

 » Je sais que le soleil meurt aussi dans l’écriture infinie de la cendre

Je sais

Plus loin que nous

Ce qui reste de la flamme d’un chemin « 

Il mêle ce dont il est sûr au doute qui se trouve être son seul  » repos « . Cette dépersonnalisation conjointe à l’évocation de l’absurde ne peut qu’aboutir au silence,  » la seule mémoire du monde.

Mais l’ultime décision, même s’il n’y a rien au bout, est bien celle d’  » avancer  » dans l’instant de la nature, avec les mots et les cris nécessaires. Même si la route aussi est entravée par nos mensonges car une partie des choses  » nous échappe « . Tout, à vrai dire, est compliqué et l’oxymore sature parfois l’expression :  » la pureté terrifiante d’un pays de cendre qui brûle  » ou s’ouvre, dans une chute, par un espoir :  » Je parle…/ De la route qui retourne à l’aube naissante  » puisque dans la contradiction se fait un éternel retour des choses jusqu’ à la lumière  » éclatante et douce  » de la fin de l’opus.

En attendant, il s’agit de constater que le corps, le grand privilégié ici, l’emporte et son importance – il est  » cette éternité inaccessible  » – est récurrente dans tout le texte. Celle-ci prédomine face à la cruelle réalité du narrateur inquiet et seul depuis la mort du père qu’il généralise à d’autres  » visages « , à d’autres  » lèvres  » et jusqu’à la parole  » qui meurt  » elle aussi. C’est alors que la grande question se pose au mitan du recueil puisque est mystérieuse l’identité du détenteur des mots :  » A l’heure inhabitée, qui viendra dans le trouble du soir parler la langue funèbre ?  »

L’expression du deuil interrompt ainsi au fur et à mesure du texte l’évocation de sentiments, de sensations ou même de souvenirs prégnants. Ceux-ci s’expriment à l’aide d’images étranges ou hallucinées :  » fourmis suffocantes « , têtes d’oiseaux / des traînées sanglantes  » que côtoient les notations les plus simples comme :  » Une femme plie les draps blancs, les bras levés jusques au ciel « , ou bien  » L’infini au matin, / posé au bout d’une épine. »

Grâce à ses dons – ces images sont embellies par un travail sur les sons – le poète, comme Phoenix, se ressaisit pour parler des rites mortuaires ancestraux :

 » Je connais la beauté que l’on boit à l’aurore et l’odeur funéraire de l’huile frottée sur des torses froids.  » Et, à l’inverse, il procède aux rites de la vie en posant ses lèvres et en tendant ses mains. En effet il  » cherche des secrets « , malgré le silence, grâce à un amour de la vie et du monde qui l’  » habite et  » l’efface « .

Le poète continue donc à  » avancer « . Il le fait jusqu’au bout du recueil et c’est un combat à partir d’  » un ordre qui l’ordonne « . L’important est alors de bouger, brûler, et de se souvenir même si cette marche se fait dans une ignorance et une solitude sans espoir et qu’il faut accepter de boire la lie jusqu’au bout. Aussi peut-on lire à côté du vers :  » l’éternité est une violence qui ne propose rien  » ce vers de la page suivante :  » Aller au bout de cette vie vacillante clouée dans la vieillesse « . Un lien fusionnel, avec la nature,  » presque tellurique « , d’après Lionel Jung-Allégret lui-même, a permis à l’écrivain inspiré d’affirmer malgré ses doutes :  » Je veux écrire le mot terre dans la terre avec ma peur… « 

C’est cette force puisée dans la nature qui lui donne un certain pouvoir et laisse sa voix pallier l’angoisse de la mort présente. Pour finir, l’homme, dont on a compris le désespoir, trouve ici sa rédemption dans une écriture clairvoyante et tournée vers la lumière.

©France Burghelle Rey

Le N°72 de Traversées!

Traversées n°72  juin 2014

Traversées n°72 juin 2014

 

sommaire n°72

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Nadine Fievet, l’enfiévrée

Nadine Fievet Artiste Peintre Artistes Peintres Artiste de La Communaute Francaise de Belgique 6

Nadine Fievet, l’enfiévrée

 

La vie exulte dans l’œuvre de l’artiste du Hainaut. La peinture se moque des séjours, des repères. Elle peint à l’étouffée comme au souffle incendiaire sans chercher à mater les soulèvements de l’enfer ou du paradis. Et ce depuis longtemps (sa première exposition date de 1973).  Il existe en elle une jeune fille et une femme qui donne à l’éternité (toujours provisoire de la peinture) l’écorce de l’éphémère: L’immuable est parfois pour elle  le cercle en ciment au milieu duquel le tronc du magnolia s’élève jusqu’à la fenêtre de son atelier. Des fleurs blanches viennent  à la rencontre du regard de celle qui en son faux plat pays voit le blanc de l’hiver et les couchers dorés de l’été. Leur juxtaposition apparaît dans ses toiles faites d’émotions. Elles donnent à la peinture des  mélanges de temps, de formes et de couleurs. Leurs arrangements sont toujours à reprendre en un inaccomplissement fructueux. C’est pourquoi la peinture de Nadine est  le rythme de la vie. Un rythme qui dépasse la mesure comme le cadre de la toile.

 

Plus elle avance dans le temps plus l’artiste obéit à l’énergie. Le corps ne reste pas blotti derrière le cœur. D’une toile à l’autre dans le jardin de la création l’herbe est sans cesse renaissante par la force de la pulsion. L’artiste impose  sa loi se privant de repères. Elle semble  faire abstraction de la technique tant son acte est une force qui va. On se demande parfois où elle va chercher un tel élan. Sans doute son recul face au néant lui fait envahir la toile, impose un état de « déroutation », de soulèvements. Surgit contre les Satan et les dieux la dimension de l’inconnu mais ici bas, ici même et un sentiment extatique, rupestre, conjurant. Un désir aussi qui s’il connaît l’angoisse ignore la mélancolie. L’œuvre la nie comme elle biffe le rien appelant au désir. Toujours.

 

©JP Gavard-Perret

 

Pierre Autin-Grenier, Chroniques des faits, illustrations de Georges Rubel, Éditions Les Carnets du Dessert de Lune–par Jean-Pierre Longre

 

    Pierre Autin-Grenier, Chroniques des faits, illustrations de Georges Rubel, Éditions Les Carnets du Dessert de Lune, 2014

  • Pierre Autin-Grenier, Chroniques des faits, illustrations de Georges Rubel, Éditions Les Carnets du Dessert de Lune, 2014

Des faits réels ? Des chroniques historiques ? Le titre pourrait nous le faire croire, que dément l’image de couverture, ainsi que toutes celles – débordantes, colorées, vivaces, mortifères, sanglantes, printanières – qui, dépassant largement la simple illustration, ponctuent les textes.

Et ceux-ci nous mènent loin au-delà de l’horizon et de nous-mêmes, nous encourageant à la patience, à la révolte et à l’espoir de revoir « la grande carriole rouge de l’avenir », nous incitant à bannir le mensonge et à lancer comme un grand cri « un fantastique appel à la vie », à chasser la mort pour ensemble aller « voir la mer », accompagnés d’« un chien rêveur »…

L’écriture de Pierre Autin-Grenier, réalisme et onirisme mêlés, réclame la relecture – et cette réédition est en l’occurrence une belle occasion de se replonger dans des poèmes en prose à propos desquels « on n’est sûr de rien », mais que l’on déploie sans se lasser d’entendre leurs harmoniques ni de se mettre au pas de leurs cadences, tout en écoutant les appels à se ressaisir. Le lecteur, ainsi « délivré du néant » et pensant peut-être à Rimbaud, devient alors apte à marcher, « seul en son vertige, vers d’incroyables Éthiopies ».

©Jean-Pierre Longre

www.dessertdelune.be