Jeanne Champel Grenier, À la porte du cœur, France libris
Comme le souligne si Justement Claude Luezior dans sa postface, nous sommes avec À la porte ducœur au centre de notre humanité. C’est la patte tendre et bien reconnaissable de Jeanne Champel Grenier qui partage avec nous de savoureuses rencontres en une soixantaine de petites scènes croquées sur le vif- accompagnées de quelques dessins de sa main- dans lesquels l’humour et la tendresse ne sont jamais absents.
La toute première s’intitule « Le visiteur du sourire » et ce sourire ne nous quittera plus car « certains ont rencontré des anges sans le savoir . » (Hébreux 13:2) que ce soit dans un supermarché, autour d’un repas, dans un jardin…
Il y a des mots qui font vivre disait Eluard. Et ce sont des mots innocents Le mot chaleur et le mot confiance Amour justice et le mot liberté Le mot enfant et le mot gentillesse Et certains noms de fleurs Et certains noms de fruits…. (Gabriel Péri)
Jeanne champel grenier s’inscrit dans cette veine là et elle est battante !
Ce que l’on juge anecdotique dans nos sociétés incapables de prendre le temps de vivre et de regarder pourrait peut-être bien témoigner de la profonde grâce du vivant ou de « l’identité remarquable ».
Infiniment remarquable cet homme au curriculum vitae faramineux qui a tout quitté pour offrir sa farine de petit épeautre à la confection d’un pain-gâteau de fêtes, si remarquable la mère seule, qui donne tout à ses enfants après sa journée de travail, infiniment beaux les deux petits réfugiés, majestueuse la chatte Siamine première du nom, merveilleuse la gardienne du Lizieux qui connaît une joie d’enfant lorsque l’auteure lui offre une poignée de cerises sauvages…
Mais Jeanne Champel Grenier c’est aussi l’humour, un regard drôlement féroce posé sur un monde prétentieux qui a oublié son humanité, la voisine qui ne tolère que les fleurs blanches ne sera pas épargnée, pas plus que la politique, cette « maladie de chien impoli » ou les poètes « chauves et chauvins ».
L’auteure use volontiers de jeux de mots comme une gourmandise et on rit aussi souvent qu’on est ébloui par une langue charnue tour à tour joueuse :
« Quand le chat miaule mi-raisin Elle s’oreille de rire, se dent de cristal Et se petite-langue de sussure »
ou encore :
« Il me tinoroussit le cœur de ses airs d’autrefois »
Profonde et plus tremblante aussi :
« Il arrive parfois au plus absent des jours qu’un ange, ou quelque esprit de ce genre, déroule une échelle de lumière dans un rai de poussière…»
Jeanne Champel Grenier est une magicienne.
D’ailleurs pousse dans son jardin « le Glichottier d’Abyssinie » un arbre qui n’existe pas nous avoue t-elle après qu’on ait déjà songé à s’en procurer un…
J’affirme moi qu’il existe et que c’est une rencontre de vie que je ne veux pas manquer !
Philippe Colmant, Terrains Conquis, Le Coudrier, 2024.
Philippe Colmant est au sommet de son art. Sa poésie est à la fois ciselée et légère, lumineuse et robuste, bien ancrée sur ses vers de six pieds. Terrains Conquis nous emmène d’abord puis de manière récurrente aux émois et essoufflements de l’enfance. Enfant qui comprend vite que : « si ce n’est le rêve / rien ne promet le ciel. » Émois de la découverte de cet mer l’été et de « la dentelle de l’écume éphémère. »
Les poèmes sont tissés main, brodés et leur composition révèle un riche patchwork en camaïeu de bleus. Déjà une mélancolie se glisse, un blues en filigrane, avec la « lèpre à flanc de coque » des bateaux de pêche, « les gravats de l’enfance ». Puis le souvenir des premiers bourgeonnements de l’amour « au début comme la mort ». Les poèmes filent les saisons d’un cœur à l’imparfait. L’auteur décrit lucidement les débuts de l’âge adulte « on pense que l’on pense / or on rêve avant tout ».
Dans ces textes autobiographiques il nous donne des pistes, des bribes de vie, ses inspirations de jeune poète coïncidant aux transports amoureux à l’allure métaphorique « de fruits de lumière / juteux et charnus ». Le poète en recherche conquiert des territoires nouveaux sur la mappemonde des désirs mais son île demeure insaisissable. Et déjà le retour des « bateaux égarés » et l’avancée d’une « fin d’été » annoncent l’âge mur, ses silences (quand la musique se tait), ses renoncements, ses fondus au noir. L’homme mature, prend conscience et plus il grandit se trouve petit, jouet des « cadence et décadence » de nos routines quotidiennes, jusqu’à ce qu’à nouveau survienne cet accident, ce bouleversement qu’on nomme l’amour.
Sans être strictement narratifs, car souvent introspectifs voire métaphysiques, les poèmes de Terrain Conquis déroulent presque chronologiquement les parcelles d’une vie, comme des artefacts pourraient le faire pour un archéologue un tant soit peu perspicace, comme des fossiles spiralés illustrent les strates géologiques, les océans disparus. La poésie (jaillie ou enfouie ?) d’une vie.
Et enfin cette injonction du poète, testamentaire :
« Brûlez mes lettres mortes (…)
Ne gardez que l’envie
Sous la pelure mince
De ce cœur tressaillant »
Philippe Colmant nous gratifie là de pages précieuses, émouvantes, servies par un art puissant et apaisé, mémoires poétiques d’un homme ayant atteint ce sommet d’où l’on peut contempler avec sérénité les versants passé et à venir, et enfin « voyager dans l’instant / n’attendre rien / ni personne. »
Article récemment paru sur le site (de poésie contemporaine) Sitaudis, ici augmenté des illustrations tirées de l’ouvrage.
Une chronique de Marc Wetzel
Marie ALLOY, Noir au fond, Voix d’encre, 114 pages, 2025, 19€
Dans la réalité du monde, il y a toujours au moins des formes, un fond et des forces. Des formes (des êtres ou des choses qui portent et protègent leurs propriétés par leurs contours), un fond (sur lequel ces formes se détachent et s’établissent), et des forces (qui font apparaître et disparaître ces formes, et dont le fond tient l’énergie qu’il donne ou puise). Alors le problème général de la réalité (et celui, donc, de la réalité dans l’art) est : qu’est-ce que les formes (peintes ou gravées) savent exposer du fond oublié ou clandestin du monde, et que peuvent-elles mettre en réserve de ses forces de passage ? Et, si l’artiste est poète (elle l’est aussi), qu’est-ce que la pensée peut alors en chanter ? Voilà ce (dense et émouvant) livre.
Dans la peinture ou la gravure, où formes et forces sont à (ou sur) deux dimensions seulement, le fond ne peut plus s’opposer à la surface, puisqu’il y est lui aussi : même les fonds d’un tiroir, d’un vase, d’une gorge, représentés sur une toile ou un papier, seront, forcément, à sa surface. Mais voilà : un fond, c’est généralement la région basse d’une chose creuse. Mais où et comment creuser un plan ? De plus, sur le plan d’un support, la base d’advenue des êtres et leur base de repli (les deux versants de tout « fond ») coincident, s’emmêlent en tout cas. Si un fond doit s’y marquer, c’est autrement qu’en trois dimensions ! Comment se cacher d’une surface, quand on est sur elle ? Comment prétendre établir autre chose que soi quand on est au même niveau ? Et où vient-on s’appuyer, sans rien derrière soi ?
La perspective en peinture arrange nos affaires, puisque elle permet de creuser en apparence la chose représentée. La profondeur ainsi abstraitement marquée sur l’image permet au regard de croire s’y enfoncer. Mais dans la gravure, pas de loisir d’une nette perspective : pas d’objets assez bien simulés, pas de profondeur suggérable à loisir ! Mais il y a, dans l’art de la gravure, une troisième dimension en amont du geste, puisque la trace (à reproduire) vient elle-même d’une entaille, d’une incision préalable sur bois, métal ou pierre. La gravure a dû d’abord creuser dans l’épaisseur des choses pour en imprimer des images. Sous toutes les couleurs formées, un « noir au fond » veillait donc à leur source. La gravure, dit Marie Alloy, « creuse » ainsi « notre nuit profonde ».
Tout fond est ambivalent (le même homme ayant bon fond peut toucher le fond de la misère), mais c’est qu’on ne dispose jamais d’un fond pour rien, impunément, sans conditions : il y a toujours une distance à combler, une autorisation à obtenir, une confiance à gagner, un appui dont s’assurer. S’il suffit de s’enfoncer (pour le meilleur ou pour le pire) pour gagner le fond, il faut toujours quitter sa lumière et s’assombrir pour s’enfoncer. Le fond est d’accès sombre, et, sur une toile, il faut charger de couleurs ce qu’on veut foncer : le foncé, comme gavé d’elles, ne réfléchit plus la lumière. Gardant son secret, il en devient suspect. Mais le noir du fond, s’il est respecté (si le « mineur de fond » veut bien n’en extraire, tel le graveur, que des empreintes), nous laisse en retour à nos images.
« La nuit est un étrange poème
Ne cueille rien n’y pense pas
mais garde pour toi ces images » (p.63)
L’atelier naturel des formes, soumis au jeu des forces, n’est libre que dans l’invention humaine. Mais aussi l’homme, pouvant seul (par raisons et buts) se représenter le fond et en changer le sens, peut démultiplier (tout autant que contrôler et réduire) la violence naturelle de la vie. Et l’oeuvre (inconnue du travail de la Nature) peut perpétuer tant le reflux des forces que leur exaspération. Ici, « même la peinture en ses eaux calmes sortira de son lit« (p.19). Là, le maniement des couleurs fera comme un « onguent contre le chaos » (p.76). Hors de l’esprit de l’homme, le courant du monde répartit mécaniquement ce qu’il charrie : tout rentre à terme, et aveuglément, dans l’ordre. Les tiroirs du monde ont l’odeur des vieux éclats, et eux-mêmes un jour éclatent au fond de plus vastes antres. Nous, qui pensons, pouvons « puiser dans l’inaccessible » tant « nos forces de dénuement » que « nos forces de démesure » (p.39). Parfois, dès lors, la peinture n’en finit pas de « se (favorablement) surprendre » (p.46). Mais il arrive aussi ceci : « Nous voulions éclaircir, nous avons assombri » (p.40). Mais l’invention humaine est un commencement à volonté, une « enfance continuée » que nous pouvons léguer aux formes. C’est que l’art sait assez donner assez confiance à ce qui n’est pas encore pour venir prendre formes. Il rajeunit le devenir en lui livrant des sources d’appoint. L’esprit fonde en renouvelant son art même de bâtir. Mais le fond même de l’esprit est-il si clair ?
Car celui-ci peut aussi agenouiller son imagination même, asservir son sens même du possible, renforcer « librement » ses frontières et ne souhaiter acheter que du pouvoir. L’autorité de la sécurité fait alors de tout lieu une « enclave » (p.56), de l’Ouvert un étroit corral, de l’aventure une pirouette numérique (c’est notre désastre présent). Mais, (se) rappelle Marie Alloy, notre mère (notre amont d’existence) fut de chair, nous apprit à pleurer, discerna l’obscurité pour nous, pondit toute nue notre mémoire même, nous apprit le premier pacte, celui qu’on signe des yeux (p.80) : elle fut notre fond d’advenue, et la preuve que celui-ci est vivant. Alors, bien plutôt …
« Nouons le silence aveugle du monde
au mouchoir légué par notre mère
Que chaque souvenir en nous s’agenouille
Que chacun veille sur l’humanité » (p.56)
L’art donne à l’enfant (que nous pouvons jouer à rester en lui) toute la lucidité requise. Avec l’art, une libre « marée de méandres » nous offre sa confiance. Avec l’art, embarquements immédiats : en mots dans la voix d’autrui (poésie), en formes et couleurs à bord du regard d’autrui (peinture), en entailles et empreintes au coeur des gestes mêmes d’autrui (gravure). Les mots prononcés par les morts, les êtres de l’autre rive, vivent en nous et les poèmes en tissent la danse sur ce pont temporel. La peinture fait passer la lumière sous l’arche de ses toiles, et reforme indéfiniment, fait recouler dans nos regards, ce que quelqu’un aura, hier, vu mieux que tous. La gravure offre comme les lignes d’une main exemplaire et contagieuse à ceux qui voient monter d’elles les vraies couleurs du geste humain.
Ainsi, par l’inventive fidélité des trois arts qu’elle pratique, Marie Alloy peut apporter remèdes doux et sûrs à l’oubli, la solitude et la perdition. Pour n’être pas un jour « effacés » par la lumière, apprenons à « rester à l’intérieur » d’elle. Contre l’esseulement, veillons à créer ou contempler (pour l’accueillir) une enveloppe plus digne de confiance que la seule nôtre. Et trouvons « la couleur née pour être peinte », comme ce « miel jaune » de Van Gogh, fond qui offre aux formes qui s’y baignent la force des reflets insubmersibles. Ainsi :
« Il n’y a pas de regard détaché
Nous faisons métier des choses muettes
Par adhésion aux solitudes
nous accueillons » (p.92)
De son « journal en poèmes« , « de vie et d’atelier », qu’elle tient depuis de nombreuses années, Marie Alloy nous dit, dans la belle énigme d’une formule, qu' »ils sont écrits sur ce fond noir de tant de peintures qu’elles s’en remettent à la lumière« . Nos yeux tentent de l’y suivre.
Sonia Elvireanu,La Lumière du crépuscule – La Luce del crepusculo, avec la traduction en italien et une introduction de Giuliano Ladolfi, Borgomanero, 2025,124 p., 15 €.
Cet ouvrage est le troisième qui rassemble un recueil en français de Sonia Elvireanu et sa traduction en italien par Giuliano Ladolfi, après Ensoleillement au cœur du silence – Scintillii nel cuore del silenzio (2022) et Le regard… un lever de soleil – Lo Sguardo / un alba (2023). Tandis que les titres des deux premiers témoignent de la constance de l’inspiration de la poétesse (« soleil » fait écho à « ensoleillement » comme « regard » à « silence », le nouveau titre semble marquer une rupture, « lumière du crépuscule » s’opposant à « lever de soleil », encore que cette expression, « lumière du crépuscule » demeure ambiguë, presque un oxymore. Au demeurant, en entrant dans le livre on peut remarquer que les mots « soleil » et ses dérivés, « ensoleillé », etc1. et « lune » (qui s’accorde mieux avec crépuscule) apparaissent – sauf erreur de notre part – onze fois chacun.
Si ce nouveau recueil se distingue des précédents, c’est en réalité moins par le forme ou le choix du vocabulaire que par le fond. Certes, le sentiment de la nature est toujours très présent, plutôt hivernale cette fois, avec la récurrence du mot « neige » (sept occurrences) et le « bleu » du ciel, de la mer, des rivières, des plumes d’un oiseau… mais il apparaît subordonné, si l’on peut ainsi parler, à une impression métaphysique. Cette dernière, certes, n’était pas totalement absente des autres recueils mais elle s’affiche désormais avec plus de franchise.
L’extase devant des phénomènes physiques, comme dans le poème « Le silence du ciel »
dans le frais de septembre, un bleu ciel ranime le matin
ou bien dans le poème « Le thé »
Les doigts engourdis par le froid
rêvent à la douceur des brins d’herbe
endormis sous la neige
s’efface derrière une extase supérieure, comme dans ce poème dont les accents rappellent le Cantique des cantiques
Tu es l’eau douce et claire qui calme la soif, souvent l’eau salée qui m’éveille de mon rêve, la pluie chaude et froide qui maintient mon ardeur […] avec la lumière d’en Haut qui tombe sur moi (« Comme le ciel et la lune »)
ou dans le poème « Épanouissement »
j’ai marché si naturellement vers toi, comme si je rencontrais mon invisible moitié, […] je ne faisais qu’un avec toi
ou plus nettement encore ici
je te donne du pain et du vin pour la communion, je lave dans l’eau claire tes pieds fatigués (« Comme un amandier fleuri »)
C’est dans « Au bord de la rivière » que Sonia Elvireanu donne une clé du chemin vers cette élévation mystique
le silence et la solitude un chemin vers quelque chose de plus élevé.
Tout cela ne va pas, bien sûr sans une part de doute, sans une attente incertaine (« En attente ») – et même une part d’inquiétude
j’évite de glisser
comme la goutte d’eau sur la vitre,
un ange me maintient au bord
le Haut vers lequel je m’envole
tel l’oiseau à son premier vol
(« Équilibre fragile »)
Ajoutons pour finir que – en accord avec son sujet tout de spiritualité – ce recueil se situe dans un monde intemporel où la nature aurait retrouvé tous ses droits. Une seule notation, encore une fois sauf erreur de notre part, renvoie au monde d’aujourd’hui, à ses artefacts, mais c’est simplement pour affirmer que la poétesse est capable de s’en affranchir, qu’ils ne paralyseront pas sa méditation.
Des phrases et des fables avec quelque chose d’infini
Jean-Yves Reuzeau, Esprit de résistance, L’année poétique, éditions Seghers, 2025, 396 pages, 20€, ISBN 978-2-232-14810-1 .
Il m’a toujours paru que la poésie de qualité exprimait à chaque fois un univers familier – disons-le intérieur ou intime – tout en laissant aux mots le loisir de créer leurs propres images. Par cette manière de faire, d’écrire – de vivre-écrire –-, le poète de talent parvient de surcroît à exprimer la saveur, la sonorité, la musique de ce qui, quoiqu’on fasse, nous reste insaisissable.
Je n’ai pas fini de lire et de relire L’année poétique qui vient de reparaître chez Seghers, où l’on trouve notamment le classicisme souverain d’Alain Duault, la magnifique exposition de Jacques Réda, les étonnants poèmes d’Aldo Qureshi qui se veut en survie dans
« un immeuble en feu qui ne se consume pas où les gens continuent à vivre parmi les flammes, de dormir dans des lits brûlants. Ici, pas de bruit, sinon le ronflement du brasier. »
et aussi Dominique Sampiero dans des images qui inventent la vie :
«J’apprends le visage de la nuit caché en moi. Je perds conscience, je trouve présence. »
et aussi Jean-Pierre Otte que j’ai découvert grâce au formidable N° spécial que la revue Traversées lui a naguère consacré :
» De partout arrivent les disgracieux, les endettés et déficients, dépourvus de talent, hommes sans caractère ni appartenance, à l’ère du cynisme et de la médiocrité sublimée. Ceux-là, insultent la vie, injurient la beauté, crachent sur le corps scintillant des rivières. Ne sois pas de leur espèce, crée tes anticorps. »
Pour ma part, je suis souvent déçu par ce que s’écrit aujourd’hui en poésie. Une poésie qui ne travaille plus son écriture. Qui n’a plus d’écriture. Qui la délaye. Qui ignore la grammaire et l’emploi du terme propre. Une poésie, cependant, accordée à l’ère du SMS, du portable dont nous sommes devenus les esclaves, et du fromage blanc à 0 % de matières grasses. Des poètes incontinents, mimétiques, minimalistes, tels Sara Bourre, Falmarès, Julie Nakache, Cyril Dion ou Grégory Rateau, qui nous donnent des dégoulis d’émotion, et qui, c’est la chose la plus frappante, n’ont vraiment rien à dire.
Je me suis particulièrement attaché aux figures féminines reprises dans cette anthologie. Des figures fortes et fertiles Notamment, Adeline Baldacchino :
«Il y avait des rides comme des râles lumineux a la surface du lac et pourtant rien n’évoquait la vieillerie. »
La québécoise Nicole Brossard (magnifique!)
« je suis contemporaine d’une promesse ancienne de contrer la mort dans l’entrelacs des présents augmentés ; »
et l’essai de réenchantement de cette autre québecoise, Denise Desautels, à qui je laisserai le mot de la fin :
« Des phrases et des fables avec que chose d’infini dans la voix qui accélère la poussée des racines, de ce qui ne faisait pourtant que passer et de ce qu’elles dépaysent. »