« CONTREPOINTS » Poèmes, peintures et sculptures de Jeanne CHAMPEL GRENIER et Louis DELORME

Une chronique de Béatrice Gaudy

 « CONTREPOINTS » Poèmes, peintures et sculptures de Jeanne CHAMPEL GRENIER et Louis DELORME


 

Bien rares les auteurs qui excellent également dans les arts du verbe et ceux de la  peinture ou / et de la sculpture.

jeanne-champel-grenier-6

Jeanne CHAMPEL GRENIER, Artiste Peintre, Écrivain, Poète, illustratrice

Tel est pourtant le cas de Jeanne Champel Grenier et Louis Delorme qui ont uni leurs talents multiformes pour réaliser ces « Contrepoints ».

contrepoints-vol-i-jeanne-champel-grenier-et-louis-delorme

Intitulé « Souvenirs », le premier volume traite de l’enfance avec une grande sensibilité. Si les poèmes qui rendent hommage à des êtres qui furent chers à Jeanne ou à Louis appartiennent plus particulièrement à leur propre histoire, beaucoup d’autres ont l’art aussi de réveiller les souvenirs des lecteurs qui ont vécu des moments humains comparables et ressenti des émotions sœurs.

contrepoints-vol-ii

Comme son titre : « Inspiration Peinture » l’indique, le second volume de ces « Contrepoints » est bien sûr l’occasion d’évoquer des artistes et des œuvres ayant marqué les auteurs, ainsi que certains moments ou sujets de leurs créations, c’est à dire en fait des thèmes très diversifiés et dont le traitement est parfois d’une liberté et d’une originalité étonnantes.

contrepoints-vol-iii

Dans « Poètes Citoyens », enfin, le troisième volume, Louis et Jeanne s’expriment sur de petits ou grands maux de notre temps, pour les dénoncer et ce faisant les combattre, ou pour dégager des pistes d’espoir.

 

L’amicale entente qui unit Louis et Jeanne est bien perceptible pour le lecteur-spectateur. Leurs sensibilités, points de vue et thèmes sont très fraternels, et l’intérêt que chacun porte aux créations de l’autre est si vif qu’il advient qu’une œuvre de l’un inspire une oeuvre de l’autre, en un poétique dialogue où chacun conserve sa personnalité.

 

Très brillante, Jeanne se plaît à jouer des registres les plus divers. L’humour est par exemple fort rare en poésie. Pourtant, son « Grand Défi » qui mise sur le nombre d’enfants nés une année dans le monde a de quoi aider bien des gens à espérer en l’avenir et ne pas se sentir seuls ; il est vrai que la pensée de Jeanne est pleine d’énergie. Et combien est touchante « La broche ancienne », objet modeste et de grand prix affectif qui évoque toute une vie, original le poème « De la rose ». Quant à « L’écume », la poésie s’ouvre et prend une dimension philosophique- le bord de mer inspire d’ailleurs de façon régulière et originale Jeanne Champel Grenier.

 

Peintre, Jeanne est aussi très douée par sa capacité à saisir l’essentiel, l’émotion artistique produite par la lumière sur les fleurs, un oiseau, un paysage, un monument…De plus, elle possède un sens réel de l’harmonie des couleurs et celui du mouvement. Il est pour le profane, si difficile de saisir la raison esthétique de l’émerveillement qui nous saisit devant tel ou tel élément du réel…Jeanne y parvient parfaitement.

 

Le ton de Louis Delorme est plus généralement grave. Il n’en signe pas moins des œuvres pleines de force comme « Mémoire vive », ou « Déconfitures » qui exprime le chagrin de voir déboiser un lieu magnifique au profit d’une  »forêt de béton », « La prière du paysan », aussi émouvante que profonde, « La cathédrale engloutie » qu’accompagne une magnifique peinture.

 

Car avec une jolie vigueur d’inspiration, Louis est aussi, peintre, tour à tour naturaliste, surréaliste, naïf ou expressionniste pour mieux traduire ce qu’il porte en lui depuis l’enfance. Sculpteur, il ne dédaigne pas d’utiliser des matériaux de récupération pour réaliser des œuvres fort originales et teintées d’humour tel ce « Chien sauvage » de métal rouillé tout rempli de clous au niveau de l’estomac.

 

Parmi les thèmes riches et rares que Jeanne et Louis se plaisent à développer dans leurs « Contrepoints » figure celui des bohémiens, ce peuple du voyage, en marge de nos vies, dont l’histoire, pour une raison mystérieuse, ne se retrouve que chez les écrivains des terres occitanes.

 

Ces « Contrepoints » riches et originaux ont été mis en musique par Anne Gary Reck. Quel beau travail ! Mais qui en valait la peine.

Ce triptyque « Contrepoints » est réellement magnifique,  poétiquement et artistiquement et pour couronner l’ensemble, il jouit de plus d’une superbe préface signée Claude Luezior.


« CONTREPOINTS » : Souvenirs ( vol I) Inspiration Peinture ( vol II) Poètes Citoyens ( vol III) Editions France Libris

  • Chez Jeanne CHAMPEL GRENIER – 99, impasse de Larzalier – 07800 Saint Laurent du Pape
  • Chez Louis DELORME – 133, Rue d’Angerville – 91410 Les Granges le Roi

 

                                                       ©BEATRICE GAUDY

 

Thierry Radière, Nouvelles septentrionales, Les Revenents, Jacques Flament, Alternative éditoriale, juin 2018, 79 p, 10€

Chronique de Lieven Callant

 

nouvellesseptentrionales

Thierry Radière, Nouvelles septentrionales, Les Revenents, Jacques Flament, Alternative éditoriale, juin 2018, 79 p, 10€


Ce recueil de nouvelles septentrionales en comporte quatre comme les principaux points cardinaux mais ce qui intéresse vraiment l’auteur au-delà d’une géographie des lieux, c’est la géographie des habitants. Plus que de raconter une histoire et à travers elle, celle d’un village, d’une région, Thierry Radière dresse des portraits. Le point commun de ces quatre nouvelles est sans doute cette tentative de raconter des personnages, des hommes et des femmes dont on ne découvre finalement qu’une partie de leurs mystères même si on est l’auteur qui les a inventés de toutes pièces ou pas. D’ailleurs pour écrire et inventer ne met-on pas une part de réalité? Ecrire n’est-ce pas apprendre à la diluer dans le songe ou à l’inverse extirper l’imaginaire d’une réalité qui se fabrique au fur et à mesure qu’on ré-invoque le souvenir?

Bien sûr, on s’interroge sur soi-même, sur le regard qu’on porte sur les autres, l’autre qui était notre grand-mère, notre frère, notre ami. On devine les liens établis en pleine lumière avec ceux qu’on aime, qu’on a aimé, qu’on a finalement oublié et qui ressurgissent du passé. On découvre sous de nouveaux jours les sentiments, on s’aperçoit parfois qu’on a omis l’essentiel. On se rend compte qu’une partie de l’autre, qu’un pan de nous-même était dans l’ombre. On évoque toutes les possibilités, les portes qu’on a refermées, on songe aux histoires manquées mais surtout à celles qu’on a réussies. L’écriture de Thierry Radière est avant tout humaine, concrète et directe, pourvue d’une pointe d’humour, d’une sorte d’amour simple et sincère. Lucide et abordable par bien des angles d’approche, elle s’empare du mystère quotidien.

Comme tout bon texte, au delà de l’histoire, il y a l’habileté à la construire, à la suspendre parfois au delà des phrases, entre les lignes, pour la terminer d’un mot qui ouvre autant de questions qu’il ne répond à toutes les autres. Par le rythme et la concentration de thèmes abordés, la brièveté et l’absence de simplification réductive, Thierry Radière offre à ses lecteurs des nouvelles dignes de porter ce nom.

©Lieven Callant