Christophe Carlier – Happé par Sempé – Serge Safran éditeur (70 pages – 7€).

 

    Christophe Carlier - Happé par Sempé - Serge Safran éditeur (70 pages – 7€).

  • Christophe CarlierHappé par Sempé – Serge Safran éditeur (70 pages – 7€).

Si Christophe Carlier a été « happé par Sempé », le lecteur sera séduit par l’accueil que lui réserve le personnage de la lumineuse couverture. Pour l’auteur, « Parler de Sempé, c’est comme traverser la France à bicyclette ». Cet opus nous y invite.

Le nom de Sempé est familier pour beaucoup : chacun a en mémoire un dessin, le petit Nicolas, une page d’humour mais pour un aficionado comme Christophe Carlier, Sempé c’est une œuvre colossale et tout un art, celui de dire tout avec presque rien. Il commence par nous expliquer comment le dessinateur s’est immiscé dans sa vie, ce qui l’a fasciné. D’aucuns se souviennent des livrets de dessins donnés dans les stations-service pour occuper les enfants durant un voyage. Il a revisité tous ses albums et nous en livre la quintessence ainsi que ses observations les plus subtiles.

Les dessins ne sont pas muets, certains délivrent un message. Sempé, c’est une « philosophie ». Christophe a décrypté les paroles, les légendes, la façon dont les gens s’expriment. Il évoque le large panel de personnages croisés (cyclistes, rats d’opéra, vieilles dames frileuses, écrivains…), ainsi que les divers lieux où il campe adultes, enfants ou la foule (intérieurs, villages, espaces de foi, front de gratte-ciel, rues de Paris, kiosque à musique, jardins publics, musées, une plage). Des chats malicieux pour compagnons ou « En guise d’ornement » un chien afin de tromper la solitude. L’atmosphère rendue est souvent empreinte de tendresse, de « douceurs de soie », de « Fraîcheur et somnolence », « d’harmonie retrouvée ».

Sempé sait croquer nos travers (vanité, colère, égoïsme), obsessions, nos cécités, nos vanités et pointe avec un œil satirique la folie de la société et l’invasion de la publicité. On peut voir dans ses dessins un défilé de la comédie humaine. Il a abordé de nombreux thèmes regroupés dans des anthologies (Enfances, Les Musiciens) et contribué à des illustrations de textes d’écrivains dont Modiano et Süskind.

Christophe Carlier confie ce qu’il lui a apporté. Par exemple apprendre à regarder le monde, à capturer l’instant, « les amitiés sans parole » ou « les saluts silencieux ». En bref, porter plus d’attention. Et depuis, il attend que la Joconde lui réponde.

L’auteur prête à Sempé le même « regard stupéfait » qu’Amélie Nothomb devant l’étrangeté du monde ». D’où ses personnages souvent perdus, écrasés par l’immensité du monde, parfois ridicules. Sachant débusquer le moindre détail, Christophe Carlier y découvre cette « poésie » qui « parfume tout le dessin » et « la beauté des gens ordinaires », attachants. Ombres et trouées de lumière se disputent l’espace.

L’auteur glisse quelques notes biographiques sur Sempé : son enfance à Bordeaux, puis sa rencontre déterminante avec Chaval, son modèle, « son maître ». Il balaye son parcours professionnel depuis son début dans la presse (Paris Match) jusqu’à l’apothéose avec les couvertures du NewYorker, ce qui lui gagna cette notoriété, cette « visibilité mondiale ». Il nous révèle également quelques confidences.

Après avoir bien appréhendé son univers, Christohe Carlier, en amoureux inconditionnel de « Jean- Jacques » éprouva le besoin de connaître l’homme. Avec auto dérision il nous conte ses diverses tentatives pour entrer en contact avec lui et ses rencontres fortuites, le croisant à vélo. Mais intimidé de se retrouver face à face, il en resta figé et prisonnier de ses albums, « comme dans un labyrinthe ».

Christophe Carlier fait partie de ces « élus » qui vibrent à l’humour de Sempé. Par ce portrait, l’auteur livre un vibrant et sincère hommage à ce grand dessinateur humoriste français, « qui n’a jamais été adulte », moraliste à la plume tendre et aquarelliste. Cet exercice d’admiration ouvre au lecteur un univers qu’il méconnaissait. C’est aussi une invite à s’y replonger, à déambuler au gré des saisons.

Une évasion indispensable pour retrouver le chemin du sourire. Merci à Christophe Carlier pour cette analyse fouillée qui met en exergue celui qui fut sauvé par son crayon. Car Sempé reste intemporel et pourvoyeur de bonheur.

©Chronique de Nadine Doyen

Serge Meurant au micro d’Edmond Morrel

Avatar de editionsesperlueteLes éditions Esperluète

L'ORIENT DES CHEMINS

 

 

 

 

Au cours d’un entretien avec Edmond Morrel, ce 2 octobre 2013, Serge Meurant, poète, évoque la construction du livre L’orient des chemins avec Jacques Vilet, photographe.
Vous pouvez l’écouter en cliquant sur

http://www.espace-livres.be/L-orient-du-chemin-de-Serge?rtr=y

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Invitation à la soirée de lancement des Éditions Chroniques du çà et là

Invitation à la soirée de lancement

des Éditions Chroniques du çà et là

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Philippe Barrot présente les éditions des Chroniques du çà et là avec Guillermo de La Roca et Emmanuel Steiner

qui dédicaceront leurs recueils de nouvelles :

Guillermo de La Roca Connaître et apprécier,

Emmanuel Steiner Nouvelles bartlebyennes,

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dans le cadre d’une exposition de céramiques de Bente Skjottgaard mercredi 16 octobre 2013, 18 h 30 – 20 h 30

Galerie Maria Lund

48, rue de Turenne – 75003 Paris

Télécharger le carton d’invitation.

Entrée libre, Inscription auprès de l’attachée de presse Guilaine Depis

 

 630861107

 

Guilaine Depis

guilaine_depis@yahoo.com – 06 84 36 31 85

Clément Bénech – L’été slovène – Flammarion (127 pages – 14€).

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  • Clément BénechL’été slovène – Flammarion (127 pages – 14€).

Clément Bénech met en scène deux jeunes étudiants en géographie à la découverte de la Slovénie. D’un côté, le narrateur qui nous relate leur escapade estivale. De l’autre sa bien-aimée. Deux êtres qui déclinent une partition d’amour. Ce moment, ne l’avaient-ils pas rêvé, fantasmé ? Si les protagonistes du dernier roman de Serge Joncour privilégient L’Amour sans le faire (1), le but de ce voyage n’était-il pas de se retrouver, rompre la routine, de prendre du temps à eux pour « faire l’am- » et vivre leur intimité en toute liberté ? Le narrateur nous prend vite à témoin de l’évolution de leur perception face à telle situation, glissant entre parenthèses des apartés (« Elle ne s’émerveillait plus »). Il nous restitue également des bribes de leurs dialogues ou de leurs oaristys nocturnes.

On embarque avec eux dans cette voiture de location qui pourrait bien rendre l’âme.

On les suit à la nage jusqu’à cette « pépite » qu’est le lac de Bled, avec son « île flanquée d’un clocher ». Et on tremble à la crise de panique qui s’empare du piètre nageur, quand son souffle vient à manquer. On assiste impuissant à leur embardée.

On se laisse enfermer avec eux dans le parc Tivoli où des bogues vont perturber leurs ébats. Les tribulations de nos deux héros ne manquent pas de piquants ! De quoi être au bord de la crise de nerfs quand même le DVD a « ses sautes d’humeur ».

On va croiser Sara, une hôtesse encombrante, mais encore plus dérangeante sa chatte Swann, dont le couple s’est vu imposer la garde un soir. La situation tourne au grotesque quand ils inventent une façon de satisfaire cette chatte en chaleur !

Clément Bénech autopsie les liens, les sentiments des deux protagonistes et pointe ce qui les éloigne progressivement. On devine Éléna demandeuse de plus d’effusions, sur le qui-vive, sondant sans cesse le cœur de son amoureux (« Pourquoi tu m’aimes ? ») On peut s’étonner d’ignorer le prénom du narrateur, mais pour Éléna il est son « chat », elle ne l’a jamais appelé par son prénom. Lui espère un jour.

L’auteur aborde une réflexion sur la fragilité du couple, s’interroge sur sa durée et souligne leurs divergences, leurs caractères opposés, sources de tensions, de reproches. Il traque les signes qui peuvent enrayer l’harmonie conjugale. Les protagonistes se regardent dormir, vivre. L’amour serait-il une affaire de point du vue ? On s’attache aux défauts ou on ne les supporte plus. Le romancier explore quand et comment les choses échappent à la vigilance de l’autre.

L’auteur excelle dans l’art des comparaisons (Le tombolo forgé avec Éléna). Il surprend par ses associations de mots, tels des oxymores : « ces silences qui réveillent », « une nudité silencieuse » ou imagée : « L’autoroute s’encanaillait de nids de poule ».

Clément Bénech manie le suspense à merveille. On partage l’impatience d’Éléna à découvrir le mystère des photos de la pellicule trouvée dans l’appareil photo, d’autant que « le sale regard » du photographe laisse deviner quelque chose d’inconvenant.

Certaines situations incongrues font penser aux sketchs de Benny Hill ou au cumul des péripéties auxquelles sont confrontées les protagonistes de La campagne de France de Jean-Claude Lalumière. D’autres voient en lui un côté Desproges.

Comme Dominique Noguez, pour qui l’année commençait bien, l’été en Slovénie s’était annoncé sous les meilleurs auspices pour les deux protagonistes de Clément Bénech.

Mais qu’en est-il de son épilogue pour ce jeune duo amoureux ?

Et si c’étaient leurs pires (meilleures) vacances ? L’auteur viserait-il à démontrer que changer d’air n’occulte pas les failles intimes, qu’un décor, aussi paradisiaque soit-il, ne nous déleste pas de nos soucis ? Les impondérables auraient-ils fauché en plein vol leur love story ? Leur amour va-t-il résister à tous les aléas ?

Laissons au lecteur la surprise d’être happé par la chute de Clément Bénech.

L’été slovène nous offre une ouverture sur un pays de « la taille de la Bretagne », aux paysages grandioses (Alpes juliennes, le Triglav), avec pour spécialités : les « potica, les bureks », pour arbre emblématique : le tilleul et pour barde: Prešeren.

Clément Bénech signe un récit à deux voix, nourri de rêves, non exempt d’humour, servi par une écriture cinématographique.

Un premier roman prometteur, joyeux à lire.

  1. L’amour sans le faire de Serge Joncour est paru en poche. (J’ai lu – n°10406)

©Chronique de Nadine Doyen