Rome Deguergue, Girondine, A la lisière de la proésie & du narratoème, photo et pictotofographies de Patrice Yan Le Flohic, éditions Traversées – La croisée des chemins, 2018.

Girondine jpegRome Deguergue, Girondine, A la lisière de la proésie & du narratoème, photo et pictotofographies de Patrice Yan Le Flohic, éditions Traversées – La croisée des chemins, 2018.


Janvier 2018. Girondine vient de paraître aux éditions Traversées.

Voici les commentaires de l’éditeur qui a retenu ce recueil parmi une cinquantaine de manuscrits reçus.

 

 

D’une facture originale : « à la lisière de la proésie & du narratoème », ce recueil décrit avec passion certains accents girondins et adresse de véritables dédicaces à ces personnages qui ont marqué et marquent encore cette région, et ce tant par leurs actes que par leurs écrits.

« … à tous les enfants, petits & grands qui apprécient

les paysages, les légendes et les embellies résolument tournées vers l’à-venir ; promesses d’embarquements toujours

renouvelées et de retours prodigues,

parmi les beautés girondines » 

Une importante iconographie illustre à merveille ce recueil, où des photographies en noir et blanc incarnent à la fois une recherche des traces d’antan liées aux allures et autres activités du fleuve ainsi que ses transformations contemporaines…

En fin d’opus, un lexique bienvenu nous délivre des informations utiles liées aux activités locales et à une meilleure connaissance du biotope girondin.

Un ouvrage que tous ceux qui désirent découvrir ou re découvrir cette région devraient posséder dans leur bibliothèque.

 

Patrice Breno

Girondine Bulletin de commande

 

 

Bon de commande: Girondine Bulletin de commande pdf

 

Jacques Cornerotte & Anne Léger, Le guetteur de matins, Editions Traversées, La Croisée des Chemins, Juillet 2015, 188 pages.

Chronique de Lieven Callant

Une Guetteur

Jacques Cornerotte & Anne Léger, Le guetteur de matins, Editions Traversées, La Croisée des Chemins, Juillet 2015, 188 pages.


Textes et images

Les photographies de Jacques Cornerotte comme on le signale à la fin du livre sont issues de quatre régions: la Gaume, l’Ardenne, la Meuse française et les Cévennes et rendent « hommage à ceux qui ont fait et qui font encore de ces terres de si grands chemins de richesse. » Chaque image a sa propre petite histoire. Elles révèlent comment un arbre à lui-seul porte le ciel chargé de nuages, comment une fenêtre perce un cadre pour faire du paysage un tableau dans l’image. Elles célèbrent le temps, celui des saisons, celui des objets, des outils mis un temps au repos. Pour en apprécier toutes les nuances, le photographe a ralenti le temps. Chaque image est un tableau où les dégradés de gris allant du blanc pur au noir profond rétablissent l’équilibre subtil qui existe entre les matières, les textures, les ombres et la lumière. La composition étudiée de chaque photographie nous laisse entendre qu’elle plus qu’un instantané où l’on donne au hasard le rôle principal. Chaque photographie est pleinement mûrie et étudiée comme peut l’être une nature-morte, un portrait en clair-obscur qu’aurait réalisé un grand peintre. Certaines images font d’ailleurs directement référence à un Georges de La Tour où les scènes très étudiées sont éclairées par l’unique source lumineuse d’une bougie.

Les images interrogent avec finesse la réalité qu’elles représentent, les gestes qui construisent le quotidien, les objets qu’on utilise et qui ont la faculté magique de révéler le geste et l’homme à l’origine de ce geste. Sans en faire l’objet d’une représentation, l’humain est au cœur des photographies de Jacques Cornerotte. En partageant son intimité avec la nature et les éléments naturels, le photographe nous dévoile une partie de son âme, nous laisse regarder comment on peut espérer apprivoiser la vie tout autour de nous.

Aux photographies en noir et blanc de Jacques Cornerotte répondent dans les mêmes teintes, les textes issus d’une étroite collaboration entre Jacques Cornerotte et Anne Léger. Certains textes ont été primés. L’univers évoqué est celui des campagnes où le temps semble avoir été arrêté. L’avis (la vie) des anciens est valorisé(e). On estime leur parole, on apprécie leur savoir-faire. L’humain a encore sa place. À la campagne où la vie quotidienne est tributaire de la nature, de ces caprices comme de ses générosités, la solidarité, l’amitié, la patience sont encore des mots qui ont du sens. L’isolement, la solitude sont nécessaires, on ne les redoute pas comme des maladies contagieuses car elles permettent le recueillement sur soi-même, l’acceptation de l’autre, la résilience. Les textes écrits à quatre mains et qui ne permettent pas de repérer qui a écrit quoi ont le pouvoir de révéler avec finesse la vie, de dresser les portraits de personnages attachants et hors du temps. Justes, précis, ils révèlent la beauté nostalgique d’un monde sur lequel la modernité et l’économie libérale de consommation n’ont pas eu d’emprise et n’ont pu corrompre. Ainsi les histoires nous parlent de gens qui croient aux miracles, à la magie de la neige qui tombe et recouvre tout d’un manteau scintillant et immaculé. Le pain qu’on a pétri avec patience et amour, porte en lui les saveurs de la vie. La pluie soudain rafraîchit la terre et l’âme et la nature nous ouvre son cœur en nous permettant d’être quelques instants complices d’un cerf et de sa biche.

Les textes et les images font bien plus que se répondre, qu’entremêler leurs histoires. Les uns comme les autres honorent les spécificités de leurs écritures. Jamais le texte ne se fait légende, jamais l’image ne devient une illustration. La qualité de l’impression est à la hauteur des images et des textes. J’ai particulièrement apprécié les notions de respect de l’autre, de ses modes d’expression et de vie. Rien ne semble troubler l’atmosphère sereine qui anime et justifie ce très beau livre.

©Lieven Callant



bulletin de commande Le guetteur de matin

par mail ou via la poste:

Traversées c/o Patrice BRENO

Faubourg d’Arival, 43

B-6760 VIRTON (Belgique)

0032(0)63/57.68.64 – GSM : 00-32-497442560

e-mail:traversees@hotmail.com

 

 

Invitation

Bonjour à toutes et à tous,

 
Vous êtes cordialement invité(e)s à l’après-midi que Traversées organise le samedi 10 octobre 2015, à partir de 18h, à Virton, à la Maison du Terroir.
 
Merci de diffuser l’info sans modération.
 
Bien cordialement,

Patrice BRENO
Revue Traversées

Invitation_Guetteur - copie

Présentation du livre de Paul Mathieu « Auteurs autour », ce jeudi 17 septembre 2015

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Merci de vous inscrire via le site du Service du Livre Luxembourgeois à l’adresse électronique suivante: sll@province.luxembourg.be

Auteurs autour, de Paul Mathieu Editions Traversées-La Croisée des chemins, 2015, 299 p., 15€

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Auteurs autour, de Paul Mathieu

Editions Traversées-La Croisée des chemins, 2015, 299 p., 15€

Le titre Auteurs autour, à la fois étrange et séduisant, appelle à l’esprit des images d’œuvres-clés et d’écrivains-phares. Lire, n’est-ce pas en effet faire à la fois l’expérience du confort de la connivence, de la reconnaissance, d’un partage serein avec une voix familière, et celle de l’aliénation, du voyage, de l’exotopie, pour reprendre le joli terme de Bakhtine ? Dans son ouvrage, Paul Mathieu se sert à plusieurs reprises de métaphores géographiques pour évoquer les œuvres et les univers des écrivains qui constituent ses alentours à lui, son bouillon de culture propre, les terres littéraires où il aime à aborder. Il rappelle à propos le mot d’archipel utilisé par Butor pour évoquer Joyce, et l’on pourrait ainsi dire qu’Auteurs autour est une croisière d’archipel en archipel, familiers ou bien inconnus, reconnus ou bien confidentiels, en tout cas toujours un bonheur de découverte ou de redécouverte.

L’ouvrage se présente sous la forme de vingt-et-un essais, repris de différentes revues ou inédits, sur des écrivains, de la fin du dix-neuvième siècle à nos jours. Ces textes sont répartis en deux chapitres, les « points de repère » (Andersen, Butor, Ghelderode, Joyce et Kafka) et les « voix contemporaines ». Le choix de Paul Mathieu est un choix forcément personnel (certains auteurs inspirent autant qu’ils sont inspirés), et chacun, en fonction de ses passions et de sa personnalité, pourra regretter l’absence de tel ou tel de ses maîtres à penser, de femmes, d’écrivains du Sud, d’Afrique ou d’Asie, mais c’est aussi un choix justifié, judicieux et formidablement étayé par des analyses pertinentes, et la modestie du propos est acceptée et évoquée dès le sous-titre de l’ouvrage, « Notes sur quelques voix contemporaines et au-delà ».

Les passionnés de littérature s’interrogeront évidemment sur ce qui peut bien unir Andersen et Joyce, Mandiargues et Verheggen. Et, malgré le droit à butiner de texte en genre et d’école en auteur que l’on reconnaît volontiers à Paul Mathieu, malgré l’admiration que l’on ressent pour la plasticité de sa langue, qui adopte le lyrisme un peu académique d’Ovide (auquel il rend un très bel hommage dans son essai sur Georges Thinès) comme le verbe déferlant, zigzagant, truffé de jeux de mots, de Verheggen, on a envie de suivre quelques pistes avec les auteurs choisis par Paul Mathieu.

La première, à mon sens, est celle du méandre. L’image, reprise d’Umberto Eco, est employée par Paul Mathieu dans son pertinent essai sur Joyce, parce que le parcours de l’écrivain irlandais, de Gens de Dublin à Finnegans Wake, en passant par Ulysse, est symbolique de l’invention de la modernité littéraire, depuis les récits linéaires du début, vus à travers les yeux d’un narrateur extérieur presque objectif, jusqu’à l’odyssée de l’imagination, […la] réinterprétation perpétuelle de son propre objet qu’est Finnegans Wake, ouvrage solipsiste par excellence, mais d’un solipsisme à partager, si l’on peut oser cette métaphore, pour peu que l’on accepte le méandre comme figure allégorique du tricotage et du détricotage à l’œuvre dans l’écriture. Méandre aussi que la poésie bucolique qui explore et commente le monde à partir des quelques dizaines de kilomètres de la Maye chez Jacques Darras, les je successifs de Jude Stéfan, le lyrisme rocailleux de Verheggen ou encore celui des acrobaties lexicales de Marcel Béalu, qui constituent un art poétique.

Béalu, mais aussi André Schmitz ou Luc Bérimont, plaisent à Paul Mathieu à cause de l’ancrage de leurs textes dans des objets du quotidien, des choses anodines, parfois surannées, souvent dérisoires. En lisant les essais qui leur sont consacrés, on repense aux analyses splendides de Paul Mathieu sur Andersen, dont l’art consiste à nous donner l’illusion de la spontanéité. Les héros d’Andersen, Paul Mathieu nous le rappelle, ne font pour ainsi dire rien, voire ne sont pas des héros (L’innovation principale de l’auteur ne provient-elle pas de l’utilisation des objets (et des animaux)?), qui semblent nous parler et nous accompagner dans l’extraction d’une morale existentielle. Cette idée que le héros ne f[ait] pour ainsi dire rien est celle qui irrigue les œuvres de Kafka et de Joyce citées ici, mais aussi tant d’autres textes de la littérature contemporaine et au-delà, puisqu’on pense aussi, par exemple, à Emma Bovary, au prince Muichkine ou à Oblomov.

Une autre piste, avec laquelle Paul Mathieu joue de manière récurrente, est la question de la belgitude. L’essai sur Hubert Juin la traite de manière approfondie, et Paul Mathieu y fait sienne la question rhétorique de Joseph Duhamel : Une histoire de la littérature belge est-elle possible ?, avant de donner deux éléments de réponse : sont « belges » le surréalisme et l’incessant questionnement sur [soi]-même. Le surréalisme, avec sa fascination pour les objets anodins détournés de leur sens et son goût pour les assemblages hétéroclites, est de toute évidence un élément qui unit un grand nombre des auteurs de ce volume, puisque la poésie qui plaît à Paul Mathieu est celle qui questionne sans cesse les mots dans leur forme et dans leur sens, qui fait jouer étymologie, homonymies et intention de signification, amène ce qu’il nomme avec pertinence une descente en marche du train-train sémiotique dans le texte consacré à Verheggen, le post-surréaliste goguenard par excellence. Quant à l’incessant questionnement sur soi-même, il est à peine étonnant que cette belgitude-là s’aventure à passer la Haine (pour reprendre le très beau titre de Rose-Marie François) et à annexer le Ponthieu aquatique et mouillé de Jacques Darras et même le Canada de Guy Jean, en passant par Copenhague, Dublin et Prague.

Ce questionnement sur soi-même, cet effort incessant de donner forme littéraire à des émotions, sont peut-être ce qui unit le plus profondément les convives de Paul Mathieu. Il n’y a pas de repus de la littérature et de gens satisfaits d’eux-mêmes parmi les auteurs dont il s’entoure, et c’est tant mieux pour ses lecteurs.

©Jean-Luc Breton