«Philippe H dans l’angle mort» de Mylène Fortin, Editions Québéc Amérique, 2017, p.195.

Chronique de D K

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«Philippe H dans l’angle mort» de Mylène Fortin, Editions Québéc Amérique, 2017, p.195.


‘’Les tourments passionnels’’ ou l’anxiogène dans le roman de Mylène Fortin : « Philippe H dans l’angle  mort ».


L’action se déroule entre Montréal et Gaspésie, au Canada, et a pour point culminant de sonder l’ «Insondable, avec un grand I », pour employer ainsi l’expression de l’auteur. But à première vue, irréalisable, mais c’est bel et bien, le dessein de Mylène Fortin dans son second roman Philippe H dans l’angle mort, qu’est une suite indépendante de son premier texte Phillipe H ou la malencontre. Les deux récits s’insèrent peu ou prou dans une tentative de dire le rapport à soi-même et à la gent masculine, qui se pose à la fois en termes de proximité et de distance. L’on peut qualifier la trame et le style de l’écriture des deux romans de «féminins», car l’auteur(e) canadienne relate l’histoire d’une jeune femme -étudiante en psychologie- en butte aux «tourments passionnels» avec Philippe H. A noter par ailleurs, que tous les sous-titres du deuxième roman sont orthographiés au féminin. C’est l’histoire d’une jeune femme qui s’appelle Hélène Marin, éprise d’un homme, dont la présence dans sa vie, laisse voir le tréfonds psychique d’un personnage tiraillé entre la réalité et «la pararéalité», après un ensemble d’événements qui enchaînent attachement et déception. C’est un chassé-croisé d’épisodes d’un couple qui cherche son équilibre : une femme qui craint d’être larguée et un homme indécis. Son amour pour cet homme fonctionne comme un miroir qui lui permet de mieux s’observer, de se découvrir et de réaliser l’emprise de ses angoisses et de ses limites. D’où la dissémination explicite, tout au long de son récit, de ces expressions (retour névrotique, blessures infantiles, décharge de dopamine, une démarche fébrile, cicatrices psychédéliques, rythme frénétique, égo boursouflé, anxiété, cortex cérébral, effets anxiogènes, fantasmes, peurs chroniques,…). Ce vocable reflète clairement la vulnérabilité du personnage féminin et sa perplexité, et met en branle sa volonté d’« intercepter l’angoisse ». Chose qui explique la répétition inlassable de certains mots qui peuvent être assimilés aux lapsus révélateurs, dits sur le mode d’un «discours psychotique (p.67)» clairement détecté dans l’abondance des monologues et des dialogues ponctués de bout en bout de phrases interrogatives et exclamatives comme pour dire les hallucinations et les soubresauts intimistes d’Hélène. Les marques énonciatives de ses propos délirants prennent en charge un trop plein d’affects violents et non maîtrisés, et qui sont symptomatiques de la perte de tout discernement. La surponctuation de ses paroles mime son état hallucinatoire :(«Tu lui as parlé de ton problème d’agressivité ????????? ») (p.51).Abondent alors des émotions étranges à gérer et qu’exhibe un combat entre raison et sentiment, raison et déraison que démontrent un jeu de mots homophoniques (« Belle.Elle.Aile.Les mots se reconfigurent (…).C’est un mot qui fait mal, mâle, un mot qui tait l’âme» (p.72)) .A défaut de trouver une explication aux comportements et aux réactions de ceux qui l’entourent, Hélène finit par suivre son intuition dans une quête quasi-frénétique de la vérité des êtres et des faits. Son goût prononcé pour la psychanalyse nourrit son élan intuitif à tout décoder, y compris le regard, la parole et le geste des autres. Car pour elle, tout vibre et palpite ! Une vibration sensationnelle et corporelle, voire charnelle au point que l’être en papier devient presque visualisable en chair et en os ! Peur, délire et rêve sont les clefs de la compréhension des personnages de M. Fortin, révélant des personnages en situations embarrassantes quoi que l’héroïne ait oeuvré pour «construire sa carapace» et «son for intérieur» contre tout écueil extérieur.Elle se dit « Les rêves m’apparaissent plus vrais que tout, plus parlants que n’importe quelle autre forme de communication, que l’intention. Ils portaient au jour les non-dits de manière symbolique, dévoilaient les secrets de l’inconscient en jouant avec les mots, les images » (p.147). A la fin du roman l’auteur(e) s’inscrit nommément dans le fil des faits racontés, en dévoilant aussi bien son nom dans la onzième partie du roman que sa participation aux ateliers de l’écriture, qui a débouché réellement sur la publication d’un livre « Noir sur Blanc, guide d’improvisations littéraires ».Deux indices qui donnent, ici, à voir que l’effectif rime bien avec le fictif dans un récit aux accents lyriques et au style dépouillé et, en quelque sorte, ‘’limpide’’ comme pour clarifier « l’Insondable » qui n’est en fin de compte que l’Inconscient, labile et insaisissable.

©D K