Axel Kahn – Pensées en chemin – Ma France, des Ardennes au Pays Basque – Stock ——Une chronique de Nadine Doyen

Chronique de Nadine Doyen

  • Axel KahnPensées en chemin – Ma France, des Ardennes au Pays Basque – Stock (19€ -282€)

    Axel Kahn – Pensées en chemin – Ma France, des Ardennes au Pays Basque

Avec Axel Kahn, traversons la France depuis la frontière belge jusqu’à la frontière espagnole, en faisant halte à Vézelay. Le virus de la marche, il le contracta dès l’enfance. De ces déambulations sont nés un livre et des photos postées sur le site indiqué. La carte, en début d’ouvrage, permet de visualiser l’itinéraire et les étapes.

Dans le préambule, l’auteur confesse avoir été nourri par les ouvrages de Jacques Lacarrière consacrés à ses pérégrinations, tout comme Jean-Paul Kauffmann. Il expose ce qu’il entend par triple quête, dont celle de soi-même.

Parcourir 1800 km, comme tout exploit sportif, demande de se mettre en condition, et de fortifier son âme, car un sandwich détrempé est vite « immangeable ».

Axel Kahn relate le travail en amont afin de « cheminer dans l’insouciance maximale », (réservations, prise de contact avec les médias). Il justifie sa décision de cheminer seul, pour être disponible et profiter d’un « embrasement de gloire du ciel ». Son périple sera ponctué de conférences dont le titre : « L’homme, la beauté et le chemin » résume bien son dessein, de haltes dans son fief ancestral (Mussy) ou son village natal et de détours pour des retrouvailles familiales.

Axel Kahn force l’admiration pour ne pas avoir différé son départ, le 8 mai 2013, malgré un poignet « brisé » et une météo exécrable. La chaleur, il la trouve auprès de ses hôtes, soucieux de son confort et de lui faire goûter des produits du terroir. Ou lors des accueils chaleureux, en fanfare, ou par « une chorale de grenouilles ». Ses états d’âme fluctuent selon les difficultés. L’hospitalité n’est pas innée et parfois il doit se contenter d’abribus ou compter sur la providence. On s’étonne qu’il n’ait pas sa crédential à tamponner. De surcroit, il y a aussi « son corps, un incorrigible bavard! ».

A Nouzonville, l’auteur découvre une ville « rétractée sur elle-même, suite à la désertification industrielle. Après le site magique de Vézelay, c’est dans « un monde étrange », « un paysage dantesque » que l’on pénètre. La traversée du Morvan est particulièrement éprouvante, un véritable « sacerdoce », d’autant que « les sentiers jouent à saute-ruisseau » et « les fondrières prennent les dimensions de tranchées ». Des efforts sont aussi indispensables pour gravir les « bavantes ». Si « le chemineau se doit d’être placide », Axel Kahn ne se prive pas de fustiger quads et trials qui troublent la quiétude et infligent de profondes blessures aux chemins.

Humour et poésie sont au rendez-vous. Le marcheur attentif imagine « un coup monté de la gente animale », constatant ce silence total. Il se plaît à supposer que les tourterelles soient « entrées dans les ordres ». Avec autodérision il évoque son plongeon dans les orties pour échapper au « geyser d’eau croupie ». Il voit la main de Lucifer dans ces obstacles à contourner. Il forge l’expression : « il pleut des baguettes de tambour », pour conjurer le mauvais sort.

Axel Kahn revisite avec émotion son enfance : le sacrifice du cochon, la saison du fanage, se remémorant « l’odeur sucrée, florale, subtile et persistante qu’exhale le foin fraîchement coupé ».

Ce récit est également un témoignage de la réalité économique et sociale, l’auteur déplorant les disparitions d’usines, de la sidérurgie, le déclin de la bonneterie troyenne, la faillite de Manufrance. Il n’occulte pas la désertification médicale. Toutefois il encourage à « oser, vouloir, essayer ». Il se montre confiant, notant un « renouveau rural » et l’installation d’étrangers, croisant des édiles dynamiques.

Ce carnet de route est émaillé d’anecdotes croustillantes (interview donnée au sommet du rocher Saint-Vincent), de moments fraternels « d’échanges avec les modernes jacquets », de rencontres plus sauvages : chevreuils, écureuils, à la « queue empanachée fièrement dressée », vaches de la race aubrac, petits chevaux.

Axel Kahn sait faire défiler la diversité de paysages, cet atout de la France : vallées, collines, prairies, forêts, plateaux agricoles, bocage, bruyères, coulées basaltiques.

Il note le saisissant contraste, quant à la mise en valeur touristique entre les Ardennes belges et françaises, comme Franz Bartelt l’a montré dans le documentaire : « Par-là, c’est pas comme ici». Il souligne « la sécession » d’une partie de la population.

L’histoire s’invite, puisque les lieux renvoient à des périodes parfois dramatiques, comme l’Argonne, « terre martyrisée», Verdun. Une fois dans les coteaux champenois, l’auteur nous rappelle la révolte des vignerons de l’Aube de mars 1911, sans oublier l’époque florissante des foires de Champagne. S’ajoutent les légendes.

Un tel périple est propice non seulement à l’évocation des odeurs, des bruits, des saveurs, d’une mosaïque de couleurs, mais aussi de notre passé culturel et religieux.

Il n’échappe pas au choc que procure la première vision de la basilique de Vézelay à tout pèlerin, si « saisissante, irréelle » qu’il en est pétrifié. Majesté d’un arc-en-ciel.

Axel Kahn fait l’éloge du beau et de la marche, démontrant que « Penser en chemin est une nécessité qui possède de nombreuses vertus ». Tout marcheur dans l’âme comprendra « cette singulière exaltation » due à cette sensation de liberté.

Son viatique ? « Le présent est magnifique, le futur sera beau ». Son objectif, c’est l’émotion, comme à Conques. Son ultime message ? « LA FRANCE EST BELLE ».

Saluons l’initiative de l’écrivain marcheur désireux de « réhabiliter un patriotisme lumineux et ouvert, le patriotisme des bras ouverts ».

Axel Kahn signe un sublime plaidoyer pour le tourisme en France, sa diversité et invite le lecteur citoyen à arpenter à son tour un tronçon de cet axe.

Comme Montaigne qui affirmait : « Mes pensées dorment, si je les assis. Mon esprit ne va pas seul, comme si les jambes l’agitent. », Axel Kahn prouve qu’on ne peut bien penser qu’en mouvement. Par ce récit clair, bien documenté, il a su nous faire partager ses purs moments de réception de la beauté, son ravissement, ses rencontres fertilisantes, tout en brossant un portrait de la France d’aujourd’hui. Mai 2014 sera pour l’humaniste marcheur le départ de la Pointe du Raz pour une nouvelle aventure.

©Nadine Doyen

Traversées n°71

traversees71

On parle et présente votre revue Traversées sur le site du Service du Livre Luxembourgeois et sur Art et Lettres

La revue Traversées en quelques lignes

 

 

Aujourd’hui, ils sont plus de 400 créateurs différents, écrivains, poètes ou prosateurs, dessinateurs, plus de 400 personnes différentes à avoir collaboré, contribué à
la quintessence de Traversées.

 

Traversées est une revue trimestrielle de littérature francophone née à Virton (Gaume – Belgique). Le premier numéro est sorti à l’automne 1993.

 

Traversées symbolise le passage d’une rive à l’autre, imaginaire ou non. Lorsque l’on écrit, lorsque l’on dessine, c’est bien sûr d’abord pour soi, mais surtout pour communiquer
avec d’autres. Donc, Traversées est censée encourager cette relation. En
plus du parfait inconnu, des figures notoires qui sont des « locomotives ».
La revue a prouvé, en 60 numéros parus à ce jour, que beaucoup de créateurs
confirmés peuvent lui faire confiance. Les textes reçus sont scrupuleusement
classés et – surtout – lus par un Comité de lecture (qui faisait aussi office
de Comité de rédaction). Sa composition en a été modifiée au cours des
années : en ont fait partie, Patrice BRENO, Alain CHINA, Cathy LEYDER,
Marie-Josée CARION, Marie-Line SCHNEIDER, Michel BAAR, Paul MATHIEU, Véronique
DAINE. Dès l’été 2010, deux groupes ont été constitués : un Comité de
rédaction, composé de Marie-Line SCHNEIDER, Nadine DOYEN, Paul MATHIEU, Serge
MAISONNIER, et Patrice BRENO; un Comité de lecture, composé de Jacques
CORNEROTTE, Suzette GELAMBI et Xavier BORDES. La mixité des deux comités
n’étant pas négligeable pour l’objectivité et l’éclectisme des choix opérés et
des analyses.

 

Traversées ne se veut pas une revue à caractère régionaliste, mais est ouverte à tous les courants de pensée, à tous les horizons littéraires, tout en respectant la bienséance. On
peut recenser des collaborateurs non seulement dans toute la Belgique, non
seulement en Europe, mais même dans le monde entier.

 

Si vous cherchez un quelconque fil conducteur à la revue, vous n’en trouverez pas. Les responsables de la revue recherchent davantage la variété, la diversité tant des idées que des sujets. Chaque numéro
est découpé en trois parties : le dossier ; les textes
d’auteurs ; les chroniques. De temps à autre, quelques illustrations
agrémentent les pages de la revue.

 

 

1. Le dossier :

 

 

Parmi les parutions, des dossiers ou tribunes libres ont été consacrées à un auteur : entre autres Jacques Ancet, Franz Bartelt, Philippe Besson, Jorge Luis Borges, Francis Chenot, Pierre Dhainaut,
André Doms, Marc Dugardin, Paul Février, Guy Goffette, Gaspard Hons, Danielle
Hoffelt, Gaspard Hons, Georges Jacquemin, Serge Joncour, Hubert Juin, Werner
Lambersy, Philippe Leuckx, Santiago Montobbio, Michel Pesch, Arthur Praillet,
Roland Reutenauer, André Schmitz, Jacques Simonomis, Jude Stéfan, Salah Stétié,
Alain Suied, Alexandre Voisard… ; ou à un courant littéraire : la
Bulgarie (la littérature bulgare – jadis et maintenant), le Canada (des
auteures et auteurs de l’Outaouais), le Danemark (des images du Danemark et des
Danois dans la littérature française d’hier à aujourd’hui), la France (l
es Solicendristes ou les auteurs de la revue
« Soleils et Cendres »),
le
Grand-Duché de Luxembourg (du côté du Luxembourg : Laurent Fels, Nic
Klecker, René Welter), la Tunisie (plusieurs p
oètes tunisiens
contemporains), le Congo (Fiston Nasser Mwanza Mujila et Patrick
Tankama) ; depuis 2007, un spécial « nouvelles » paraît
annuellement à la veille des vacances d’été

 

2. Les textes d’auteurs :

 

Si, dans Traversées, la poésie a la part belle, la revue accepte également des nouvelles, des critiques, des études sur un auteur, un courant littéraire, une manière de
penser… Les textes qui y sont publiés sont pour la plupart inédits et émanent
d’auteurs confirmés ou non. Parfois, des illustrations agrémentent aussi ses
pages.

 

3. Les chroniques de livres et de revues :

 

Traversées a aussi la réputation de recenser d’importantes et judicieuses analyses critiques de livres et de revues, ce qui permet d’aider le lecteur à s’orienter dans ses choix personnels ; des correspondants
fidèles et sérieux alimentent régulièrement cette partie.

 

 

Adresse de contact : Patrice Breno, Faubourg d’Arival 43 à 6760 VIRTON (Belgique).

 

Téléphone : 0032497 44 25 60. patricebreno@hotmail.com

Présentation de la revue littéraire belge « Traversées »par Claude Miseur