Extrait 1 n° 58 Printemps 2010

Serge MAISONNIER

Philippe Jaccottet dans la lumière glacée d’hiver

Tout grand poète est un peu métaphysicien. Sous ce prisme Philippe Jaccottet appartiendrait sans doute aux premiers d’entre eux, ceux des origines, c’est-à-dire les Ioniens des antiques siècles des débuts de la philosophie grecque. Une espèce d’Anaximandre de la poésie contemporaine qui pioche dans la nature les éléments de sa réflexion et de son art. Je marche dans un jardin de braises fraîches dit le poète et ce monde n’est que la crête d’un invisible incendie car chez Jaccottet l’air qu’on respire est tellement fort qu’il déchire les poumons et seuls les oiseaux savent et peuvent veiller le ciel. De même les rivières, les ruisseaux sont brûlants et les sources prennent feu, ces eaux, ces feux ensembles dans la combe. […]